Des ONG organisent un procès factice contre Monsanto, accusé de crime contre la planète

Un procès factice contre l'entreprise américaine Monsanto s'ouvre à La Haye (Pays-Bas) vendredi 14 octobre, à l'initiative de plusieurs ONG. Durant trois jours, des juges à la retraite, des juristes et des experts vont tenter de déterminer si la firme est responsable de crime contre la planète.

Du désherbant Roundup dans un magasin parisien
Du désherbant Roundup dans un magasin parisien (CHARLES PLATIAU / REUTERS / X00217)
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Le procès s'ouvre vendredi 14 octobre à La Haye (Pays-Bas). Mais qu'on ne s'y trompe pas : il n'a rien à voir avec la Cour pénale internationale. L'entreprise américaine Monsanto va être jugée symboliquement pour crime contre la planète. Ce procès factice est organisé par des ONG environnementales et de développement. De véritables juristes et d'anciens juges à la retraites sont conviés, afin de décider de la culpabilité ou non de la multinationale, connue pour ses semences OGM et son désherbant Roundup.

Monsanto n'est pas représenté au procès

Jusqu'à dimanche, des experts vont être auditionnés, aux côtés d'agriculteurs malades du Sri Lanka, d'une mère de famille qui vit près de champs de soja en Argentine et dont l'enfant est né handicapé, ou encore de représentants d'apiculteurs mexicains qui s'inquiètent de la présence d'OGM dans leur miel. Très attendu, le Français Paul François viendra raconter ses dix années de combat judiciaire contre Monsanto.

Paul François, dans sa ferme de Bernac (Charente), le 28 juillet 2015.
Paul François, dans sa ferme de Bernac (Charente), le 28 juillet 2015. (THIBAUD MORITZ / AFP)

Même si son cas doit encore être examiné devant la Cour de cassation, ce céréalier de Bernac (Charente) est un cas unique au monde : il est parvenu à deux reprises à faire condamner le géant de l'agrochimie suite à une intoxication au Lasso, un puissant herbicide aujourd'hui interdit.

Ça a été une pression énorme depuis le débutPaul Françoisagriculteur en lutte contre Monsanto

"La stratégie des avocats de Monsanto a toujours été de dire qu'il n'y avait pas de preuves, explique Paul François, joint par franceinfo avant le procès de La Haye. Comme si mon épouse, le jour de l'intoxication, aurait mieux fait d'appeler un huissier pour constater la responsabilité du produit, plutôt que d'appeler les urgences."

Le cas de Paul François donne beaucoup d'espoir à Christine Sheppard. Cette agricultrice a pulvérisé du Roundup dans sa plantation de café à Hawaï entre 1996 et 2002. Aujourd'hui atteinte d'un lymphome, elle tente de faire reconnaître la responsabilité de Monsanto dans son cancer. "Pulvériser du Roundup n'était pas seulement un usage, raconte-t-elle. C'était recommandé par l'université d'Hawaï en agriculture tropicale. Nous leur avons demandé si le produit était sans risque. Et on nous a répondu : 'C'est tellement sûr que vous pouvez même en boire'."

Un procès factice aux portées réelles ?

L'entreprise Monsanto n'a pas souhaité être représentée lors de ce procès à La Haye. Dans une conférence de presse mardi 11 octobre, la firme américaine a dénoncé "une parodie et un simulacre de tribunal", dont l'instruction est "uniquement à charge".

Mais pour Arnaud Apotheker, le coordinateur du tribunal, le procès factice peut avoir une portée réelle : "Les juges donneront une opinion basée sur des textes juridiques. Ces textes pourront ensuite servir à des victimes et à des collectifs partout dans le monde, quand les actions des multinationales dégradent leur environnement, leur santé ou leurs conditions de travail." Les juges de ce Tribunal International Monsanto feront connaître leur avis en décembre.