Cinq questions sur la présence de substances à risque dans les couches pour bébés, révélée par l'Anses

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a identifié une soixantaine de substances chimiques dans 23 couches pour bébé. 

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l\'alimentation, de l\'environnement et du travail (Anses) a publié un rapport sur la présence de substances chimiques dans les couches pour bébés, le 23 janvier 2019 (image d\'illustration). 
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a publié un rapport sur la présence de substances chimiques dans les couches pour bébés, le 23 janvier 2019 (image d'illustration).  (NEVILLE MOUNTFORD-HOARE / ALTOPRESS / AFP)

Des parfums, des polluants et du glyphosate. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) révèle, mercredi 23 janvier, un rapport sur la présence de substances chimiques potentiellement dangereuses dans des couches pour bébés de 23 marques différentes, mais non citées.

L'Anses a en effet été saisie par plusieurs autorités – la direction générale de la santé, la direction générale de la prévention des risques et la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes – pour tenter de mettre en lumière les potentiels dangers liés à la présence de ces substances pour les nourrissons. Les recherches de l'agence, menées sur des données datant des trois dernières années, montrent qu'une soixaintaine de substances sont présentes dans ces couches jetables, portées par "plus de 95% des bébés", selon l'Anses.

Quelles substances trouve-t-on dans ces produits ? Quels sont les risques pour la santé des bébés ? Que faut-il faire pour prévenir ces éventuels dangers ? Eléments de réponse.

1Quelles sont les substances retrouvées dans ces couches ?

Ces recherches de l'Anses, une première à l'échelle mondiale, "ont mis en évidence la présence de différentes substances chimiques dangereuses dans les couches jetables", alerte l'agence dans un communiqué, mercredi. Parmi les quelque 60 substances recensées, l'Anses cite plusieurs pesticides – parmi lesquels le glyphosate –, des dioxines (des polluants), furanes et PCB-DL, des "substances parfumantes", mais aussi des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), que l'on retrouve dans la fumée de cigarette ou encore dans des gaz d'échappement, selon l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Certaines couches contiennent aussi du formaldéhyde, une "substance cancérogène avérée pour l'homme", "connue pour ses effets irritants", selon l'Anses.

L'agence note également que "parmi les pesticides trouvés dans ces produits, la majorité sont aujourd’hui interdits dans l’Union européenne". L'Anses cite notamment le lindane et le quintozène, proscrit depuis 2000, et l'hexachlorobenzène, interdit depuis 2004. Quelques-unes de ces substances ont été ajoutées "intentionnellement", tels les parfums, mais la plupart proviennent "des matières premières ou des procédés de fabrication" de ces produits. Toutes les couches sont concernées, même celles présentées comme écologiques.

L'étude de l'Anses a en parallèle relevé des "dépassements nets de seuils sanitaires" pour "une douzaine de ces substances", précise à franceinfo Matthieu Schuler, directeur de l'évaluation des risques au sein de l'agence. Il s'agit de produits parfumants (butylphényl méthyle propional ou lilial®, hydroxyisohexyl 3-cyclohexène carboxaldéhyde ou lyral®), d'HAP, du PCB-126, des dioxines, furanes et PCB-DL.

2Quels sont les risques pour les bébés ?

L'Anses reconnaît qu'il "n’existe aucune donnée épidémiologique permettant de mettre en évidence une association entre des effets sanitaires et le port de couches". Néanmoins, l'agence évoque "différentes substances chimiques dangereuses" retrouvées dans ces couches. Avec le dépassement des seuils sanitaires découvert pour plusieurs substances, "il n’est pas possible d’exclure un risque sanitaire lié au port des couches à usage unique", juge l'agence. En moyenne, un bébé porte entre 3 800 et 4 800 couches.

Certaines matières chimiques retrouvées dans ces produits "peuvent notamment migrer dans l’urine et entrer en contact prolongé avec la peau des bébés", prévient l'Anses. Pour Matthieu Schuler, certaines substances parfumantes dépassant les seuils sanitaires pourraient ainsi entraîner "des effets plus immédiats, de type allergie ou irritation cutanée". D'autres substances, "des HAP ou PCB" par exemple, pourraient avoir "des effets à long terme, sur le développement de l'enfant, des effets toxiques sur le foie", précise Matthieu Schuler. Ce dernier assure que certaines de ces substances "ont des propriétés cancérogènes".

Au micro de franceinfo mercredi matin, Gérard Lasfargues, directeur général délégué "Pôle Sciences pour l'expertise" de l'Anses, a précisé qu'il s'agissait de risques possibles, et qu'"il n'y a pas de danger grave ou immédiat ou d'études qui montrent", à ce stade, "ce type de choses".

3Que recommande l'Anses ?

Dans son étude, l'agence appelle les fabricants de couches à "éliminer ou réduire au maximum" la présence de ces substances, particulièrement celles dépassant les seuils sanitaires. Pour cela, l'Anses recommande aux entreprises de "mieux maîtriser l’origine des matières premières naturelles qui peuvent être contaminées avant même la fabrication" et d'"améliorer les procédés de fabrication des couches". L'organisme préconise également "des mesures réglementaires plus restrictives, tant au niveau national qu’au niveau européen", pour garantir des couches plus sûres pour les bébés.

Le gouvernement a suivi de près l'avis de l'Anses, et convoqué fabricants et distributeurs de couches mercredi matin. "Les ministres exigent (…) qu'ils prennent avant quinze jours des engagements pour éliminer ces substances des couches pour bébé", annoncent plusieurs ministères dans un communiqué commun. La direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes renforcera ses contrôles dans les prochains mois, afin de garantir le respect de ces engagements, précise Le Monde.

4Que dois-je faire si j'ai un bébé ?

Les pouvoirs publics se sont montrés rassurants mercredi matin, après la publication de l'étude. "L'Anses dit bien qu'il n'y a pas de risque immédiat pour la santé des enfants", a insisté la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, après la rencontre avec les fabricants de couches à Bercy. "Il faut continuer évidemment à mettre des couches à nos bébés, ça fait cinquante ans qu'on en met, au moins", a-t-elle ajouté, tout en reconnaissant qu'un "risque pour la santé des enfants sur le long terme" n'était pas exclu.

Il est important de dire à nos concitoyens qu'ils peuvent utiliser ces couches en toute sécurité, mais que nous souhaitons progresser.François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaireà franceinfo

Si vous êtes parent, le gouvernement vous invite à vous informer sur la composition des couches que vous utilisez. Matthieu Schuler, de l'Anses, estime qu'il est important, dans un premier temps, de savoir si les couches que l'on souhaite acheter contiennent des substances parfumantes. "Il est aussi possible de vérifier s'il y a eu des procédés avec du chlore ou des dérivés chlorés" dans leur fabrication, précise-t-il.

Les magazines 60 millions de consommateurs et Que choisir ont également publié des listes de couches contenant moins de substances à risque, relève Le Journal des femmes. L'an dernier, 60 millions de consommateurs a estimé que les couches Joone Protection Premium et Pampers Premium Protection étaient les meilleures sur ce point. Les premières ne contiennent aucune trace de substances toxiques, et les secondes ne comprennent "aucun résidu à risque".

5Que répondent les fabricants ?

Group'hygiène, le syndicat des fabricants de produits d'hygiène à usage unique, assure dans un communiqué que "les consommateurs peuvent continuer à utiliser les couches proposées par les fabricants de Group'hygiène en toute sécurité". Sa déléguée générale, Valérie Pouillat, s'est toutefois engagée à "coopérer avec les autorités pour continuer à répondre aux attentes des consommateurs".

Deux marques ont elles aussi réagi à l'étude de l'Anses, rapporte Le Télégramme. Pampers affirme que ses couches "sont sûres et l’ont toujours été", et qu'elle a "déjà mis en place les recommandations formulées par le rapport". Ses produits "ne contiennent aucun des 26 allergènes listés par l’Union européenne", assure-t-elle. La présidente de l'entreprise française Joone, Carole Juge-Llewellyn, insiste quant à elle sur le fait qu'elle a été "la première marque de couches au monde à publier intégralement les analyses toxicologiques de [ses] changes pour bébé" .