Canicule à l'hôpital : "On est dans un système qui est arrivé à bout de souffle", dit le président de la Fédération Hospitalière

Alors qu'un nouvel épisode de canicule est annoncé sur le pays cette semaine, le président de la Fédération Hospitalière de France fait part de ses inquiétudes sur franceinfo.

Le service des urgences de l\'hôpital de Compiègne, pendant l\'épisode de canicule du mois de juin 2019.
Le service des urgences de l'hôpital de Compiègne, pendant l'épisode de canicule du mois de juin 2019. (DOMINIQUE TOUCHART / MAXPPP)

"Nos craintes portent sur des services qui pourraient être dépassés, des temps d'attente qui s'allongent, des personnes fragiles qui auraient à trop attendre", déclare Frédéric Valletoux, président de la Fédération Hospitalière de France dimanche 21 juillet à franceinfo, alors que Météo France annonce une nouvelle vague de canicule en début de semaine prochaine. 

franceinfo : Les hôpitaux ont-ils les moyens d'affronter ce nouvel épisode de canicule ?

Frédéric Valletoux : Les hôpitaux s'en sont bien sortis lors du précédent épisode de canicule en juin. Tout avait été préparé et anticipé, donc on a montré que nous étions rodés. Maintenant, c'est vrai que la période au coeur de l'été dans laquelle nous sommes est plus sensible que la fin du mois de juin, car il y a des tensions plus fortes sur les effectifs dans les établissements. Il y a aussi des tensions plus fortes dans les cabinets de ville qui sont moins ouverts pendant la période estivale. Ces tensions sur les effectifs pourraient jouer. Néanmoins, on parle d'un épisode de canicule qui va durer quelques jours, et non pas quelques semaines. À partir de là, tout devrait se passer normalement.

Quelle est la proportion du personnel en congé actuellement dans les hôpitaux ?

C'est difficile à dire car tout cela s'organise établissement par établissement. Ce que l'on sait, c'est qu'il y a des tensions extrêmes sur les effectifs hospitaliers en ce moment. Cela ne date pas de cet été. Il y a 25% des postes de médecins hospitaliers qui ne sont pas pourvus. Il y a, dans certains services d'urgences, de réelles tensions sur les effectifs de médecins, mais aussi des personnels soignants et paramédicaux. Dans certains services, nous sommes en permanence sur le fil du rasoir. Les congés d'été ont été organisés de  manière à assurer la permanence des soins, mais dans des conditions qui sont parfois, il faut le dire, un peu acrobatiques. Surtout que c'est une période où il y a énormément de cabinets médicaux qui sont fermés, et donc le besoin de soins se reporte sur l'hôpital. La situation est très variable mais de toutes les régions nous remontent des situations de tension qui, parfois, sont extrêmes.

Y-a-t-il des moyens suffisants pour rafraîchir les chambres, hydrater les patients ?

Oui, aujourd'hui, toute la prise en charge sur le matériel est organisée. Cela fait longtemps que les enseignements sur la canicule de 2003 ont été tirés : les pièces réfrigérées, les stocks d'eau, tout ça est anticipé. Ce n'est pas vraiment là-dessus qu'il pourrait y avoir des craintes. Les vraies craintes portent sur des services qui pourraient être dépassés, des temps d'attente qui s'allongent, des personnes fragiles qui auraient à trop attendre. Là, on nous annonce une période de canicule qui ne va durer que quelques jours avec des pics de chaleur moins élevés qu'au mois de juin. Il faut rester positif, cela s'est bien passé au mois de juin, il n'y a pas de raison que cela se passe moins bien à l'hôpital cette fois-ci. Vous savez, on trouvera toujours des endroits où cela se passe un peu plus mal qu'ailleurs. Je rappelle qu'il y a plus de 20 millions de Français qui passent aux urgences chaque année, que c'est le seul service public qui a vu sa fréquentation doubler en dix ans. En 2003, il y avait deux fois moins de personnes qui passaient aux urgences qu'aujourd'hui. Donc on est dans un système qui est arrivé à bout de souffle. La pression sur l'hôpital via les urgences est beaucoup trop importante. Tout l'enjeu des prochaines années est d'arriver à réformer le système. C'est le système en général qui marche sur la tête, on sait qu'il y a une crise de la médecine de ville qui est profonde. Cela ne facilite pas les choses à l'approche d'un événement comme celui de la canicule.