"Il faut être patient, encourageant, bienveillant" : comment la lecture est enseignée dans une école de Nanterre

Alors qu'un rapport montre mardi que le niveau des écoliers français en lecture recule, franceinfo s'intéresse à l'apprentissage. Comment les difficultés sont-elles gérées ? Immersion dans une école de Nanterre (Hauts-de-Seine).

Le groupe scolaire Abdelmalek-Sayad rassemble 17 classes, dont 2,5 de CP., à Nanterre (Hauts-de-Seine). 
Le groupe scolaire Abdelmalek-Sayad rassemble 17 classes, dont 2,5 de CP., à Nanterre (Hauts-de-Seine).  (SEBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)
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Sébastien BaerRadio France

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Le diagnostic n'est pas bon. La dernière enquête Progress in International Reading Literacy Study (Pirls), publiée mardi 5 novembre, réalisée en 2016 dans 50 pays, classe la France au 34e rang. Les élèves français scolarisés en CM1, selon l'étude, ont de très faibles performances en lecture et placent loin du peloton de tête emmené par la Russie, Singapour et Hong-Kong. 

Face à ce mauvais résultat, franceinfo a voulu comprendre comment le français et la lecture sont appris et enseignés dans les écoles primaires en France. Quelle méthode ? Quelles difficultés ? Quelles solutions pour les élèves qui ont du mal ? Reportage dans une école de Nanterre, le groupe scolaire Abdelmalek-Sayad, qui rassemble 17 classes, dont 2,5 en cours prépararatoire (CP). 

La méthode syllabique, la plus répandue en France

Au mur, sur un panneau vert, dans sa classe de CP, le maître a inscrit les lettres de l'alphabet, en minuscules et en majuscules. C'est une sorte de pense-bête pour les élèves, qui ce matin-là sont en train de découvrir la lettre "z". "Zo, zi zu, ze, za", récite Maxime à la demande de son professeur. Pour enseigner la lecture, le maître, Vincent Thave, a choisi la méthode syllabique, la plus répandue parmi les enseignants.

La méthode syllabique passe par le décodage phonologique : les syllabes, ensuite les mots et les phrases.

Vincent Thave, professeur des écoles à Nanterre

à franceinfo

Face à lui, l'instituteur a 23 enfants. Ils ont tous six ans et ils écoutent avec attention leur maître, très impatients de devenir autonomes en lecture. "Comme ça, chez moi, Maman n'aura plus besoin de me raconter des histoires, je pourrai les dire dans ma tête et je pourrai en lire de plus en plus", s'enthousiasme l'un d'eux. "Déjà hier j'ai lu une histoire avec Maman. Elle m'a aidé un peu", raconte un autre.

La conscience phonologique, un acquis essentiel

"Au zoo, il y a un lama et des lionnes", déchiffre Charlie, petite blonde aux cheveux longs, assise toute seule au premier rang. La fillette confie avoir quelques difficultés avec les lettres. "C'est un peu difficile." Pour elle, certaines lettres se ressemblent beaucoup : "Le 'b' et le 'd', le 'p' et le 'q'", liste Charlie. Vincent Thave a identifié deux ou trois élèves en difficulté dans sa classe. Ce sont des enfants qui ont des troubles de l'attention ou des problèmes de conscience phonologique.

L'enfant ne va pas avoir conscience du son, à savoir 'si je vois telle lettre, je vois tel son. Si j'entends ce son, je l'écris comment ?'

Vincent Thave, professeur des écoles à Nanterre

à franceinfo

Cette conscience phonologique est étudiée en maternelle et reprise en CP, mais cela n'empêche pas certains enfants d'être en difficulté. "Mine de rien, il y a quand même des enfants qui sont passés à travers sur cette conscience phonologique. Et ça les retarde dans l'apprentissage de la lecture."

Patience et bienveillance de la part des professeurs

Mais après 27 rentrées scolaires, Vincent Thave sait qu'il faut prendre du recul et ne pas forcément s'alarmer dès qu'un élève rencontre des difficultés. "On sait très bien que tous les enfants ne vont pas au même rythme, donc il faut être patient, encourageant, bienveillant. Généralement, tout se débloque à un moment donné."

L'enseignant rappelle aussi que l'apprentissage de la lecture s'étale sur deux années : le CP, pour découvrir l'aspect technique et les combinaisons de lettres, et le CE1, pour la fluidité et la compréhension de la langue. 

Le reportage de Sébastien Baer à Nanterre
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