Crèmes solaires pour enfants: "On n'a pas trouvé un seul produit exempt de substances préoccupantes", s'alarme Agir pour l'environnement

L'association qui a passé 71 produits au crible en coordination avec Wecf France demande aux pouvoirs publics de se saisir du dossier et d'interdire purement et simplement certaines subtances.

Un père enduit son fils de crème solaire pour le protéger du soleil. Un geste qui n\'est pas anodin, selon Agir pour l\'Environnement (photo d\'illustration).
Un père enduit son fils de crème solaire pour le protéger du soleil. Un geste qui n'est pas anodin, selon Agir pour l'Environnement (photo d'illustration). (MARQUET FR?D?RIC / MAXPPP)

"On n'a pas trouvé un seul produit exempt de substances préoccupantes", met en garde jeudi 2 juillet sur franceinfo Magali Ringoot, coordinatrice des campagnes à Agir pour l'Environnement, qui a co-écrit un rapport avec l'association Wecf France sur le trop grand nombre de substances néfastes dans les crèmes solaires pour enfants. 71 produits solaires ont été passés au crible. Selon elle, "il faut utiliser ces produits en dernier recours" et considérer que mettre de la crème solaire à son enfant est "un geste qui n'est pas anodin".

franceinfo : Que risque-t-on en mettant de la crème solaire à son enfant ?

On s'expose à des substances chimiques plus ou moins préoccupantes. On a trouvé, dans notre enquête, des perturbateurs endocriniens, des nanoparticules, des allergènes, des substances potentiellement cancérigènes, mais aussi des substances qui peuvent avoir des effets toxiques sur le milieu aquatique avec une bioaccumulation dans la chaîne alimentaire. Pour l'instant, on n'a pas trouvé un seul produit solaire pour enfant exempt de substances préoccupantes. On est face à un choix qui est vraiment difficile pour nos enfants : il faut les protéger contre les effets néfastes du soleil - et ça on ne le remet absolument pas en question - mais d'un autre côté, en utilisant des produits solaires, on les expose à des substances qui peuvent être dangereuses. C'est ce rapport bénéfice/risque qu'il faut peser.

Il faut utiliser ces produits en dernier recours et considérer ce geste comme un geste qui n'est pas anodin. On sait que les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets à long terme qui vont des troubles de la reproduction, des pubertés précoces, nous exposent davantage à certaines maladies chroniques comme les cancers hormono-dépendants. Magali Ringoot, coordinatrice des campagnes à Agir pour l'Environnementà franceinfo

En tant que consommateur, il faut avoir du bon sens, se dire qu'il y a aussi d'autres moyens pour se protéger du soleil. Et quand on enduit le corps de son enfant avec une crème solaire, il faut le faire avec un regard critique.

Les produits bio s'en sortent-ils mieux ?

Ils s'en sortent mieux dans notre classement. Ils contiennent quand même des filtres UV qui posent question : le dioxyde de titane et l'oxyde de zinc, qui ne sont pas non plus neutres pour l'environnement, et qui peuvent être aussi nanoparticulaires. En plus de décrypter les étiquettes, on a fait analyser trois produits solaires qui n'avaient pas la mention nano sur l'étiquette : ces trois produits contenaient bel et bien des nanoparticules. Donc les fabricants ne jouent pas non plus bien le jeu de l'information du consommateur. On n'a pas tous un bagage de chimiste pour décrypter ces étiquettes. Souvent, ce sont des ingrédients écrits en tout petit, avec des noms à rallonge compliqués.

Est-ce qu'il existe un produit solaire sans composants néfastes ?

Pour l'instant on ne l'a pas trouvé. On sait que c'est compliqué de mettre au point des filtres UV pour protéger du soleil. Il faut continuer la recherche et développement. C'est aux pouvoirs publics de se saisir de ce dossier. Il y a des substances qui doivent être interdites au plus vite parce qu'on a suffisamment d'éléments scientifiques pour les interdire. Il faut que les fabricants reformulent les produits. Il faut que les agences sanitaires étudient davantage la littérature scientifique et nous aident à peser le rapport bénéfice/risque. La réglementation sur les produits chimiques doit bien évidemment évoluer.