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Ebola : dans un centre de soins en Guinée, “trop de chaleur, trop de stress"

En Afrique de l’ouest, depuis l’apparition de l’épidémie, en mars dernier, le virus Ebola a déjà tué plus de 1500 personnes. En Guinée, là où la maladie est arrivée, le nombre de cas a doublé au mois d’août et les médecins, sur place, craignent que l’épidémie atteigne un nouveau pic. Médecins Sans frontières a installé l’un de ses deux centres de traitement du virus dans la capitale Conakry.
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Radio France
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 (Les hygiénistes désinfectent le matériel contaminé  © RF/ Sébastien Baer)

Près de quarante médecins s’activent sous les tentes blanches, plantées dans la cour du grand hôpital de Conakry, l’hôpital Donka. Pour entrer dans la zone contaminée, les règles, le protocole, sont très stricts. La contamination peut se faire par voie cutanée alors pas un centimètre carré de peau ne doit être à découvert; il faut porter une combinaison intégrale.

Deux paires de gants au cas où l'un se déchire, un masque sur la bouche, une capuche, une paire de lunettes, des bottes. Et les interventions auprès des malades sont toujours très brèves, détaille Stéphane, le responsable du centre. “On tient 45 minutes à une heure grand maximum parce que trop de chaleur, trop de stress ”, raconte-t-il.

Ebola - reportage de Sébastien Baer, l'envoyé spécial de France Info, dans un centre de soins en Guinée
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“On est très envahissant”

Les malades qui n’ont pas encore développé les symptômes les plus violents sont autorisés à sortir, dans la zone sécurisée. Leurs proches peuvent leur rendre visite, en restant à distance. Ce week-end, plusieurs patients, guéris, ont pu quitter le centre. Mais cinq autres sont morts.

Quand un cas suspect est signalé, un agent va voir la personne, à moto ou en voiture. Puis celle-ci répond à un questionnaire médical, puis un test sanguin dont les résultats sont connus en quatre à six heures. Mais quand les cas sont confirmés, les familles rechignent parfois à laisser partir leur patient au centre de traitement, car le protocole est très lourd, explique Marc Poncin, le coordinateur de MSF en Guinée.

La première chose qu’on demande [aux familles] c’est qu’on isole [le malade] et ils n’ont pas le droit de l’approcher (...)  Et puis on les empêche d’enterrer leur mort (...). Toutes sortes de choses qu’ils veulent faire. On est très envahissant et on les embête. Tout ça rend les choses très compliquées ”, explique-t-il.

 (Aissatou, habitante du quartier de Camayenne, désinfecte sa maison  © RF/ Sébastien Baer)

Mettre "l’accent sur les modes de contamination "

D’autant plus que malgré les spots télé et radio, spots de prévention, les personnes contaminées ne prennent parfois pas suffisamment de précaution. “La population ne connaît pas les modes de contamination (...) Si on mettait plus d’accent sur les modes de contamination, je suis sûre qu’au bout de deux mois on mettrait fin à cette épidémie ” commente le docteur Barclay qui travaille pour MSF, citant par exemple le cas de ce malade, porté sur le dos de son frère .

Et puis il y a aussi les rumeurs, qui viennent encore compliquer les choses. Ibrahima, qui vit tout près du centre de Médecins sans frontières, dénonce ceux qu’il appelle les charlatans.

“Mourir dépend d’eux”

Pour faire de la pédagogie, MSF a recruté des anciens malades aujourd’hui guéris, des sortes d’ambassadeur, comme Safia. Cette  étudiante a passé deux semaines, début avril, au centre de traitement. Depuis l’été, elle fait de la sensibilisation. “Les gens refusent de se faire soigner (...). Pour eux, Ebola c’est la mort. Ce n’est pas vrai. Moi je leur dis, j’ai été malade, je suis guéri. Parce que si tu viens tôt à l’hôpital on peut faire quelques chose pour toi. Leur guérison dépend d’eux, et mourir aussi dépend d’eux ”.

Le coordinateur de MSF en Guinée n’est pas très optimiste sur l’évolution de l’épidémie, qui a connu un pic au mois d’août. Le virus est toujours très présent dans les pays voisins, le Liberia et la Sierra Leone. Et puis il y a aussi des négligences dans la prise en charge des malades, avec des médecins qui ne prennent pas suffisamment de précautions et qui ont été victimes du virus.

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