Hausse du prix du tabac : "On n'est pas obligés de le faire dans un climat de chasse" aux fumeurs

"Il faut aussi aider les personnes à s'en sortir, et c'est peut-être là qu'on n'est pas bons en France" estime Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction.

Le tarif de certaines références augmente à nouveau, lundi 20 août : il faudra débourser entre 7,60 euros et 9,30 euros pour un paquet de 20 cigarettes.
Le tarif de certaines références augmente à nouveau, lundi 20 août : il faudra débourser entre 7,60 euros et 9,30 euros pour un paquet de 20 cigarettes. (PIERRE ROUANET / MAXPPP)

Interdiction de fumer dans les parcs, hausse du prix du tabac, les méthodes se multiplient pour faire baisser la consommation de cigarettes en France. "Il faut aussi aider les personnes à s'en sortir", explique Jean-Pierre Couteron, psychologue et président de la Fédération Addiction. Invité de franceinfo lundi 20 août, il réagit à la hausse de 20 centimes du prix du paquet, et rappelle aux consommateurs qu'il est important de "diversifier leurs modes de sortie".

franceinfo : Qu'est-ce qui est plus efficace pour faire baisser le nombre de fumeurs: restreindre l'espace où la cigarette est autorisée ou augmenter le prix du paquet ?

Jean-Pierre Couteron : C'est un peu tout. Augmenter le prix du paquet, c'est quand même un outil dont on sait l'efficacité, et plus l'augmentation est forte plus elle est ressentie par les personnes. Et ça marche. Après tout, c'est une façon de rappeler que puisque c'est un produit dangereux, il vaut mieux le rendre peu accessible. D'un autre côté, il y a les restrictions sur l'usage, par exemple sur les plages, sans oublier maintenant l'argument selon lequel les mégots restent très longtemps. Sur le plan de l'hygiène, au-delà même du cancer, ce n'est pas non plus souhaitable. Et j'aime bien rajouter une troisième chose : il faut aussi aider les personnes à s'en sortir, et c'est peut-être là qu'on n'est pas bons en France. On a mis à disposition des substituts nicotiniques, mais il y a aussi tout ce qui permet de sortir du tabac. Mais franchement augmenter le prix de la cigarette, on sait que ça marche. Restreindre les endroits où on peut l'utiliser librement, on sait que c'est utile. Après on n'est pas obligés de le faire dans un climat de chasse et d'hostilité aux fumeurs. Parfois, je trouve qu'il faudrait le faire avec un peu plus de bienveillance, et de souhait de mieux partager l'espace.

Comment explique-t-on cette difficulté à arrêter un produit qu'on sait tous très nocif ?

Ah ça c'est un autre débat. La cigarette a été fabriquée par des gens qui ne voulaient pas qu'on l'arrête. Donc ils ont mis dedans un certain nombre de substances qui font qu'on est très dépendants de ce produit, et qu'il est particulièrement difficile d'arrêter. Pour le coup, ce n'est pas le fait du hasard. C'est d'ailleurs ce qui donne le succès de la cigarette électronique, qui permet de continuer la nicotine,  qui est une substance très addictive, sans avoir les effets nocifs ajoutés par d'autres substances qui sont dans la cigarette. Mais effectivement, ce n'est pas aussi simple que ça de l'arrêter, c'est pour ça qu'il est important de dire aux personnes "réessayez, essayez régulièrement, essayez une méthode, essayez une autre, ne vous découragez pas, ne le faites pas uniquement dans la difficulté, et si ça n'a pas marché essayez ce qu'un autre a trouvé". C'est un défaut français de vouloir faire passer tout le monde par la même méthode.

Vous parliez de la cigarette électronique, qui est perçue par les Français comme un bon moyen de réduire sa consommation de tabac et à terme d'arrêter. Or, en France, elle est de plus en plus bannie de nombreux lieux, est-ce qu'il ne faudrait pas au contraire être plus souple sur son utilisation ?

Eh bien oui, c'est dommage (...) Il faudrait peut-être avoir un peu plus de courage pour dissocier quelque chose dont on sait la dangerosité, de quelque chose dont on sait la très moindre dangerosité au regard de la fumée, et permettre à ces personnes d'avoir un peu plus de souplesse. En tous cas, nous, c'est une position que l'on défend.