Cocaïne sur la façade atlantique : "La pureté des produits" indique que la drogue "vient directement" d'Amérique latine analyse un spécialiste

Plus de 760 kilos de drogue ont été découverts dans des ballots, sur les plages du littoral atlantique depuis un mois.

Une voiture de police sur la plage du Gressier au Porge (Gironde) où des ballots de cocaïne ont été découverts.
Une voiture de police sur la plage du Gressier au Porge (Gironde) où des ballots de cocaïne ont été découverts. (CAMILLE CASSOU / AFP)

"La pureté des produits retrouvés" dans les ballots de drogue découverts sur les plages de la côte atlantique indique que la cocaïne vient "directement" d'Amérique latine assure lundi 11 novembre sur franceinfo David Weinberger, sociologue à l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice. Cette drogue est destinée à être ensuite "coupée en Europe".

Depuis la mi-octobre, 763 kilos de cocaïne ont été découverts sur le littoral atlantique, "un élément qui confirme qu’il y a de plus en plus de cocaïne qui arrive en Europe" et que ce marché est en plein essor.

franceinfo : Le bateau est-il la solution numéro 1 pour acheminer la drogue ?

David Weinberger : C’est le moyen le plus utilisé pour acheminer la cocaïne, qui est produite exclusivement en Amérique latine, vers l’Europe et la France. 95% de la cocaïne est produite dans trois pays : Bolivie, Colombie, Pérou et la pureté des produits retrouvés indique qu’elle vient directement de là-bas. Pour les trafiquants, le mieux c’est de ramener la drogue la plus pure possible dans les zones de consommation, puis de la couper. La logistique fait qu’ils n’ont pas besoin de transporter la partie coupée et après les grossistes et semi-grossistes, voire les distributeurs la coupent eux-mêmes. C’est certain, qu’avec une drogue aussi pure, elle provient d’Amérique latine pour être coupée en Europe.

Le procureur de la République de Rennes émet l’hypothèse de la cargaison d'un bateau de trafiquants tombée à la mer en raison du mauvais temps ou d'une avarie. Cela vous semble-t-il plausible ?

Il y a deux hypothèses : la principale, la voie maritime, celle mise en avant par le procureur, avec soit un problème technique ou un problème au transbordement comme ce qui avait été le cas il y a quelques mois dans la région avec des petites embarcations qui ont eu un problème technique, ou alors, l’avion privé qui s’écrase en mer et toute la cargaison est retrouvée quelques jours ou quelques semaines plus tard.

Quelle est la valeur marchande de ces plus de 760 kilos de drogue ?

En moyenne aujourd’hui, la cocaïne est vendue autour de 30 000 euros le kilo par les grossistes en France et c’est une cocaïne qui est moins pure que celle retrouvée, donc on pourrait estimer sa valeur marchande autour de 35 000 euros le kg, mutliplié par 760…Ça fait beaucoup d’argent, dans les 26 millions d'euros.

Est-ce un trafic en plein essor ?

Le marché de la cocaïne est en pleine croissance en Europe de l’Ouest et en France et d’ailleurs ce type d’évènement, de retrouver des ballots de cocaïne sur nos côtes, est un élément qui confirme qu’il y a de plus en plus de cocaïne qui arrive en Europe. Ce phénomène avait déjà été identifié mais très peu en Europe. On l’avait vu en Amérique latine, dans les Caraïbes ou en Afrique de l’Ouest. Aujourd'hui, c'est de plus en plus fréquent en Europe et en France.

Quelles sont les entrées principales pour l'arrivée de la cocaïne ?

Principalement, en France, le port du Havre, mais aussi les gros ports européens, en Belgique, aux Pays-Bas ou ailleurs. Il y a ensuite des entrées secondaires, notamment avec la technique du "rip-off", c’est-à-dire que des gros bateaux décident, avant de rentrer dans les ports européens, de transborder la drogue par des petites embarcations qui peuvent aller ensuite sur n’importe quelles côtes.