Pénalisation des consommateurs de cannabis : "Le seul pays qui refuse d'ouvrir le débat, c'est la France !"

Amine Benyamina, président de la Fédération française d'addictologie, a expliqué, lundi sur franceinfo, les raisons de sa déception après le rapport parlementaire préconisant d'assouplir les peines à l'encontre des consommateurs de cannabis.

Une personne fume du cannabis, le 23 avril 2016, à Charleville-Mézières (Ardennes).
Une personne fume du cannabis, le 23 avril 2016, à Charleville-Mézières (Ardennes). (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

Le rapport parlementaire préconisant d'assouplir les peines à l'encontre des consommateurs de cannabis est décevant pour Amine Benyamina. Le président de la Fédération française d'addictologie a parlé de gâchis", lundi 22 janvier sur franceinfo.

Amine Benyamina a appelé à un débat global rappelant que la "question du cannabis (...) est une question de société". Les auteurs proposent de dresser de simples amendes plutôt que de condamnations à des peines de prisons, qui ne sont souvent pas appliquées en raison de l'engorgement des tribunaux.

franceinfo : Comment avez-vous accueilli le rapport parlementaire préconisant un assouplissement des sanctions pour les consommateurs de cannabis ?

Amine Benyamina On est hyper déçus. La France maintient une politique qui a montré ses limites et ses effets pervers, à savoir la pénalisation appliquée avec des amendes, mais ce n'est pas du tout ce qu'on attend nous. On pense que c'est un vrai gâchis, parce que la question du cannabis ne concerne pas seulement les forces de l'ordre et la police : c'est une question de société. Il y a un mouvement de changement du cadre légal en Europe, aux États-Unis, en Amérique latine. Le seul pays qui refuse d'ouvrir le débat, c'est la France !

Faut-il dépénaliser la consommation de cannabis ?

Il faut avoir une photographie du problème français. On est le pays qui consomme le plus de cannabis. On a l'arsenal le plus répressif et force est de constater que le système ne marche pas. Qu'est-ce qu'on fait ? On donne à cet arsenal, avec la pénalisation, la possibilité de s'exprimer encore. Si on maintient une loi qui ne casse pas le trafic, il y a quelque chose qui ne va pas.

Où est la faille ?

Dans le fait de ne pas regarder les choses telles qu'elles sont. Est-ce que tous ceux qui consomment sont irresponsables ? Je ne pense pas. L'alcool et le cannabis tuent 130 000 personnes chaque année en France. Réfléchissons sur une politique pragmatique en dehors des dogmes et des idéologies. Il y a des générations, ceux qui ont 18-19 ans aujourd'hui, qui n'ont jamais su que le cannabis était une drogue interdite.