Cannabis thérapeutique : "Il va y avoir une expérimentation très encadrée, avec un registre qui va se mettre en place"

L'une des membres du comité d’experts pour le cannabis thérapeutique de l’Agence nationale de sécurité du médicament a détaillé sur franceinfo les conclusions de son groupe de travail. 

Une feuille de cannabis dans une exploitation dans la Creuse. 
Une feuille de cannabis dans une exploitation dans la Creuse.  (OLIVIER CORSAN / MAXPPP)

Marie Jauffret-Roustide, sociologue et membre du comité d’experts pour le cannabis thérapeutique de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), détaille jeudi 20 juin sur franceinfo, les conclusions de son groupe de travail sur l'expérimentation du cannabis thérapeutique, qui doit démarrer en 2020. Il s'agirait d'une "expérimentation très encadrée, avec un registre qui va se mettre en place", afin de suivre les bénéfices du cannabis thérapeutique.  

franceinfo : Certaines associations de patients regrettent une avancée trop timide. Que leur répondez-vous ?

Marie Jauffret-Roustide : Je réponds que c'est surtout une avancée, et c'est ce qu'il faut retenir. C'est une avancée que nous avons décidé de mener de manière très sérieuse, contrairement à ce qui a pu être réalisé dans d'autres pays. Il y a des pays qui ont mis en place le cannabis thérapeutique de manière très rapide, sans s'interroger vraiment sur les enjeux de cette mise en place. Ici, l'idée est d'avoir, pendant quasiment une année, écouté l'ensemble des parties prenantes, pris en compte l'état de la littérature sur les risques et les bénéfices du cannabis thérapeutique, écouté les patients qui ont besoin de ce bénéfice thérapeutique et qui, pour le moment, n'en bénéficient pas, et, surtout, définir un cadre de prescription qui permette de protéger les patients.

Ce cadre est assez restrictif sur les maladies concernées : la fibromyalgie, les migraines, sont exclues de cette expérimentation…

Dans un premier temps, nous avons retenu les pathologies pour lesquelles il y avait des bénéfices réels. Il y a un nombre de pathologies qui est donc déjà relativement, important, avec la question de la spasticité douloureuse dans la sclérose en plaques ou les douleurs chroniques, qui ne pouvaient pas être soulagées par d'autres moyens, et, également, la question des soins palliatifs. Nous avons écouté l'ensemble des experts qui pouvaient nous apporter des données probantes. Nous avons également écouté les patients. Pour le moment, c'est un début : il va y avoir une expérimentation très encadrée, avec un registre qui va se mettre en place, qui va nous permettre de suivre les bénéfices du cannabis thérapeutique. Par la suite, il pourra y avoir un élargissement, ce n'est pas exclu.

Combien de Français pourraient, à terme, être concernés ?

A partir des pathologies qui ont été définies, ce sont plusieurs dizaines de milliers de personnes. Ensuite, l'ANSM va voir ce qui se passe, en regardant précisément les bénéfices. Il pourra ensuite y avoir une redéfinition si la littérature progresse. Le problème est que l'on manque de recul : vous avez des pays qui ont mis en place le cannabis thérapeutique trop rapidement, et, parfois, le cannabis thérapeutique a pu dévier trop rapidement vers un usage récréatif.

Précisons que, dans cette expérimentation, il ne s'agira pas de fumer le cannabis, mais de prendre des gélules ou d'utiliser des huiles…

L'idée est vraiment de considérer que le cannabis à usage thérapeutique est un médicament, et ne pas entraîner de confusion avec la voie fumée. Avec la voie fumée, le problème est que l'on est confronté aux mêmes risques qu'avec le tabac, par exemple un risque de cancer du poumon.