Alcool, drogues : l’adolescence "est une période à très haut risque de consommation majeure", s’inquiète le président de la Fédération addiction

Une étude révèle que la moitié des jeunes interrogés déclarent avoir perdu le contrôle au moins une fois ces douze derniers mois.

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Radio France
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L'adolescence, une période à haut risque sur les addictions à la drogue ou à l'alcool (illustration). (PHILIPPE TURPIN / MAXPPP)

L’adolescence est "une période à très haut risque de consommation majeure" d'alcool et de drogues "avec précisément une recherche de perte de contrôle", s’inquiète Jean-Michel Delile, président de la Fédération addiction mercredi 7 juillet sur franceinfo. Il réagissait à une étude sur les addictions et leurs conséquences chez les jeunes réalisée pour la Macif par l’institut Ipsos qui s’est penché sur les comportements des jeunes entre 16 et 30 ans. Alors que la moitié déclare avoir perdu le contrôle au moins une fois ces douze derniers mois du fait de sa consommation d’alcool ou de drogue, le docteur se dit préoccupé par ces comportements qui peuvent "déboucher sur des prises de risques majeures".

franceinfo : Faites-vous un lien entre les comportements à risque des jeunes et le confinement de ces derniers mois, les restrictions sanitaires et l’isolement qui va souvent avec ?

Jean-Michel Delile : C'est sûr. Il s'agit précisément d'un baromètre, c'est-à-dire d'un état des lieux des circonstances très particulières que nous venons de traverser. Les jeunes en particulier ont vécu une période très, très anxiogène de restrictions : ils ont connu presque l’équivalent d’un carême, d’une période où il n’y avait plus de fête. On était chez soi, on était coupé des autres jeunes, on ne pouvait plus sortir. On a l'impression que maintenant arrive une sorte de rattrapage et une sorte de carnaval, de mardi gras classique mais avec une accentuation des consommations, une volonté de faire la fête, de se lâcher, de lâcher prise. Et évidemment, c'est quelque chose de relativement préoccupant parce que ça peut déboucher sur des prises de risque majeures.

Ces jeunes n’ont pas conscience du risque, des risques, c’est ce que vous constatez ?

Quand ces jeunes consomment, le risque fait partie de l’excitation, de l’intensité, avec parfois même des formes de compétition, de rivalité entre jeunes. Il y a tout une dimension un peu initiatique où il faut aller le plus loin possible, se dépasser. En revanche, on se rend compte que quand on leur demande, et c’est d’ailleurs ce que montre l’enquête d’Ipsos, il y a plutôt une reconnaissance de la dangerosité de la plupart des produits. Donc on voit bien qu’il y a une connaissance, mais il ne suffit pas de savoir pour se protéger.

La difficulté de la prévention réside aussi dans la tranche d'âge, finalement, cet âge où on se croit invincible ?

Bien sûr. On sait bien que l'adolescence, disons la période du jeune adulte, est une période d'expérimentation, de prise de risque où on veut s’éprouver soi-même. On veut aussi s'émanciper des règles des parents, des règles de la société, si bien que la démesure fait partie des objectifs. Clairement, c’est une période à très haut risque de consommation majeure, avec précisément une recherche de perte de contrôle. Le but, c’est vraiment de se lâcher, de faire une fête à fond. C’est un type de consommation que l'on retrouve essentiellement chez les jeunes. Le tout, c’est qu’il n’y ait pas trop de dégâts, d’agressions, de perte de contrôle, de troubles physiques. Car la perte de contrôle est inquiétante et préoccupante, on le voit notamment chez les filles mais aussi les jeunes garçons, parce qu’on devient sans défense. On peut être désinhibé et aussi donner l’impression qu’on est prêt à tout. Et à ce moment-là il peut se passer tout un tas d’incidents : aussi bien des relations sexuelles non consenties que parfois, plus prosaïquement, se faire agresser ou se faire dépouiller. Un jeune qui est ivre dans la rue à 3 ou 4 heures du matin, sans ses copains, est une victime de choix évidemment.

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