Internat dans les déserts médicaux : "Il faut orienter cette quatrième année" de formation "en fonction de ce que les internes veulent", estime la présidente de l'Intersyndicale des internes

Plusieurs organisations syndicales d'internes en médecine annoncent une grande mobilisation au mois d'octobre. Elles envisagent de se mettre en grève.

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Radio France
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Une étudiante en médecine lors d'une manifestation entre l'hôpital de Lariboisière et la place de la République à Paris, en décembre 2019. (ALAIN JOCARD / AFP)

"Si encore une fois on nous impose des choses, on ira jusqu'à la grève", prévient ce mardi 27 septembre sur franceinfo Olivia Fraigneau, présidente de l'Intersyndicale nationale des internes (ISNI) et interne en médecine d'urgence en Île-de-France. François Braun a assuré sur franceinfo qu'il n'y aurait pas d'obligation pour les internes d'aller dans les déserts médicaux, et qu'il s'agira d'une "incitation "forte".

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En octobre, une grande mobilisation est prévue, pouvant aller jusqu'à la grève, pour dénoncer cette mesure. "Parlons-nous, n'imposons pas des méthodes coercitives, travaillons ensemble", insiste Olivia Fraigneau. Elle estime qu'"il faut orienter cette quatrième année" de formation "en fonction de ce que les internes veulent", pour que le métier reste attractif.

franceinfo : Que pensez-vous des dernières déclarations de François Braun ?

Olivia Fraigneau, présidente de l'ISNI : Je l'entends dire que ces mesures ne seront appliquées que dans trois à quatre ans. J'invite donc le gouvernement à arrêter de travailler de la sorte, à imposer des choses aux internes, et à organiser une grande concertation des parties prenantes, comme il veut le faire pour la réforme du système de santé. Il faut mettre les syndicats d'internes autour de la table pour construire véritablement cette réforme de la médecine générale afin de remplir les objectifs pédagogiques dont il parle et non pas commencer par imposer une réforme.

Le ministre parle d'incitation pas d'obligation. Vous n'êtes pas convaincue ?

Tel qu'est construit aujourd'hui le monde de l'internat, ce sera une obligation. Vouloir faire passer ce texte dans le contexte du PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale) c'est dénaturer l'objectif pédagogique. C'est faire des internes ceux qui vont devoir aller combler un manque d'accès aux soins.

François Braun a déclaré que la prolongation à une quatrième année en internat de médecine générale est demandée par les professionnels de santé. Qu'en pensez-vous ?

Ce n'est pas vrai. Ce ne sont pas tous les professionnels de médecine générale. Le souhait des internes de médecine générale est plutôt d'avoir une quatrième année qui serait adaptée à leurs besoins, leurs projets professionnels et non pas strictement ambulatoire, et de façon très incitative en zone sous-dense. Il faut orienter cette quatrième année, cette formation, en fonction de ce que les internes veulent, les médecins de demain veulent, afin qu'ils se plaisent dans leur métier, les territoires où ils exercent, qu'ils s'investissent et donc qu'ils puissent faire le suivi médical que la population mérite d'avoir.

Que faut-il faire ?

Il faut libérer du temps médical, permettre aux médecins de réaliser uniquement de la médecine, travailler sur les délégations de tâches, de compétences. Ce sont des mesures qui n'auront pas lieu dans quatre ans et que l'on peut commencer et continuer dès maintenant. Parlons-nous, n'imposons pas des méthodes coercitives, ne travaillons pas les uns contre les autres, travaillons ensemble, construisons ensemble. Il n'y a que comme ça que les choses vont pouvoir marcher et que les internes arrêterons de démissionner, de se suicider. Si encore une fois, on est exclu des discussions, encore une fois on nous impose des choses, on ira jusqu'à la grève, manifester et déserter les services.

Les internes vont-ils mal ?

Oui, il y a un suicide tous les 18 jours depuis 2021. C'est 60% d'anxiété pathologique et de burn out, énormément de démission et de gens qui envisagent de partir de France pour aller ailleurs.

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