Cette plante tue et mange les frelons asiatiques

Le Jardin des plantes de Nantes a découvert une plante carnivore capable d'éliminer en quantité des frelons asiatiques. Les phéromones de cette plante pourraient permettre de lutter plus efficacement contre ces insectes.

La sarracénie attire et tue les frelons asiatiques, à Nantes, le 23 juin 2015.
La sarracénie attire et tue les frelons asiatiques, à Nantes, le 23 juin 2015. (GEORGES GOBET / AFP)
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L'envahissant prédateur au thorax brun aurait-il trouvé plus fort que lui ? Le Jardin des plantes de Nantes a découvert qu'une de ses plantes était capable d'attirer et de tuer en quantité des frelons asiatiques. Cette plante carnivore, la Sarracenia (ou sarracénie) est originaire d'Amérique du Nord. Depuis 2010, une cinquantaine de sarracénies ont été installées sur une parcelle de tourbière d'une trentaine de mètres carrés au Jardin des plantes de Nantes.

C'est à l'automne 2014 que Christian Besson, le jardinier du parc, fait cette découverte. Habitué à disséquer toutes sortes de plantes devant les visiteurs lors de ses ateliers, il découvre les propriétés de la sarracénie par hasard : "J'étais en train d'animer un atelier sur la tourbière, se souvient le botaniste, contacté par francetv info, lorsque j'ai découvert que les longues feuilles en forme de tube étaient remplies de frelons asiatiques et de mouches, agglutinés, tous morts." Sur le coup, le jardinier n'est pas surpris, mais en ouvrant d'autres plantes, il se rend compte qu'elles sont toutes pleines de cadavres d'insectes, majoritairement de gros frelons asiatiques, que la plante n'arrive pas à digérer entièrement.

Quatre frelons asiatiques en moyenne par sarracénie

"Le public était très étonné et posait plein de questions, détaille Christian Besson, on a appelé un entomologiste [un spécialiste des insectes] du Muséum d'histoire naturelle de Nantes qui est venu prélever des plantes pour les examiner." En mars 2015, sur les 203 urnes (le tube que constitue la plante) prélevées, le scientifique découvre qu'il y a, en moyenne, quatre frelons asiatiques par plante, ainsi que des mouches, mais pas de guêpes, ni d'abeille ou de frelon européen. "La sarracenia a développé un système de piège sélectif très efficace et intéressant, capable d'éradiquer plusieurs frelons à la fois sans atteindre les autres espèces. C'est inédit", indique le botaniste.

Des frelons asiatiques à l\'Institut de recherche sur la biologie de l\'insecte, à Tours (Indre-et-Loire), le 30 septembre 2014.
Des frelons asiatiques à l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte, à Tours (Indre-et-Loire), le 30 septembre 2014. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Le piège est en effet redoutable : attiré par les phéromones de la plante, le frelon plonge dans le tube de la plante, perd pied puis y glisse comme dans un toboggan. "Il est piégé et ne peut plus remonter car les parois de la plante sont trop glissantes. Il est ensuite mangé et digéré par les sucs digestifs", explique Christian Besson.

Objectif : déterminer quels sont les composants qui attirent les frelons

Une équipe de chercheurs de l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte (IRB), à Tours,  spécialisée dans le frelon asiatique, se penche sur la découverte : "On est en train de travailler sur les molécules émises par la plante qui attirent les frelons, explique Jeremy Gevar, assistant ingénieur à l'IRB. Si on arrive à déterminer les composants attractifs de la plante, et à partir de quelle distance, c'est une grande découverte écologique."

En effet, pour l'instant, Vespa velutina (le nom scientifique du frelon asiatique), redoutable mangeur d'abeilles, est combattu à travers des pièges artisanaux comme des bouteilles en plastique remplies de sirop de cassis ou de bière brune qui attirent et capturent les insectes : "Le problème de ces pièges et qu'ils capturent tous les insectes sans exception", explique Jeremy Gevar. Le piège sélectif de la sarracénie pourrait donc permettre de capturer les hyménoptères tout en préservant la biodiversité.

Une plante qui pousse dans les tourbières

Seulement, le frelon asiatique est une espèce invasive, dont le territoire s'étend très rapidement et qui est très difficile à contrôler : "Depuis son arrivée de Chine en 2004, par voie maritime, l'espèce s'est installée sur 70% du territoire français, poursuit Jeremy Gevar. Un nid de frelons produit 15 000 à 20 000 insectes par an [au maximum]. Pour les éradiquer totalement, il faudrait détruire tous les nids... En comparaison avec les capacités de destruction de la sarracenia, cela relève presque du fantasme." D'autant que la sarracénie ne pousse que dans des conditions particulières, sur des tourbières, un milieu relativement rare en France.

Le chercheur reste donc prudent, mais estime qu'un pas important pourrait être franchi : "La plante ouvre de nouvelles pistes dans l'éradication du frelon. En fonction de nos futurs résultats, on pourra sûrement trouver de nouvelles solutions pour éliminer le frelon asiatique, tout en protégeant les sites et la biodiversité."