"Implant Files" : "Condamnée à vivre avec ça dans mon corps", comment un implant contraceptif a ruiné la vie de femmes

Certaines femmes ont vécu l'enfer en cherchant à se faire enlever ces petits implants en métal, car il n’existe pas véritablement de procédé de retrait.

Bassin au rayon X. (Illustration)
Bassin au rayon X. (Illustration) (GETTY IMAGES)

Sur le papier, Essure était une idée géniale pour les femmes qui ne voulaient plus de la pilule contraceptive. Elles ont même été des dizaines de milliers à opter pour ce moyen de stérilisation "naturelle" imaginé par la start-up Conceptus puis commercialisé par le géant allemand Bayer. Pourtant, l'histoire de ce petit implant en forme de ressort a viré au cauchemar pour de nombreuses patientes qui ont subi des effets indésirables parfois graves sans pouvoir se séparer définitivement de ce dispositif contraceptif.

Sans jamais reconnaître le lien de cause à effet, Bayer a arrêté la commercialisation de son implant en Europe. En France, des femmes regroupées en association ont initié des procédures judiciaires. Les plaignantes ont choisi un avocat spécialiste des scandales sanitaires, Charles Joseph-Oudin. Il s’était déjà illustré contre le laboratoire Servier dans l'affaire du Médiator. L'enquête sur les "Implant Files", menée par le Consortium international de journalistes d'investigation (ICIJ) et à laquelle participe la cellule Investigation de Radio France, revient sur un terrain plus intime.

Pas de retrait de l'implant envisagé

Certaines femmes nous ont décrit l’enfer qu’elles ont vécu en cherchant à se faire enlever ces petits implants en métal. Il n’existe pas véritablement de procédé de retrait. Cela n’a pas été imaginé au moment de la conception d’Essure, comme nous l'a confirmé l’ancien directeur des ventes de la société Conceptus en France : "Ça m'a été dit de manière très claire quand j’ai pris la direction des ventes : Essure n’était pas du tout conçu pour être explanté." Alain Roettelé explique que "c’était aussi le discours très clair qu’on tenait aux professionnels de santé. C’est une implantation définitive. Sans réversion possible !"

Dès lors, qu’est-ce qui avait été prévu pour les femmes qui rencontreraient des problèmes avec leurs implants ? "En fait, on prenait le problème à l’envers : on faisait tout pour que les critères d’inclusion soient les meilleurs possibles, pour qu’il y ait le moins de soucis possible par la suite, répond Alain Roettelé. On savait qu’il y avait de possibles allergies au nickel [principal composant de l’implant Essure]. On demandait à nos médecins implanteurs de faire des tests en cas de suspicion d’allergie. S’il y avait le moindre doute, il ne fallait pas poser Essure."

J’ai fait en urgence un test qui a révélé une allergie au nickel. À aucun moment avant la pose, le gynécologue ne m’avait proposé de faire ce test.Amélie*à la Cellule investigation de Radio France

Une allergie non détectée au nickel. Voilà ce qui est pourtant arrivé à Amélie*. La quadragénaire habitant en Nouvelle-Aquitaine s’est fait implanter Essure en janvier 2015. Moins de deux mois après la pose, son état de santé se dégrade sans qu’elle en comprenne la raison. Douleurs dans les jambes, dans le dos, elle a subitement du mal à marcher. Les consultations chez l’ostéopathe n’y font rien. Son médecin traitant est dubitatif. Amélie souffre aussi de migraines, violentes. Ses règles sont de plus en plus abondantes et fréquentes, jusqu’à deux fois par mois. Elle ressent une immense fatigue, des troubles de la vision et de la concentration.

Radios, IRM et scanners ne détectent rien d’anormal. Finalement, le médecin traitant d’Amélie fait le lien avec les témoignages, venus de l’étranger, de femmes porteuses d’implants Essure. Au départ, Amélie "était toute confiante". Aujourd'hui, si elle "avait su qu’il y aurait des complications et des effets secondaires aussi graves, qui ont entraîné une chirurgie mutilante comme l’hystérectomie [ablation de l’utérus], [elle se] serait tournée vers un autre moyen de contraception !"

Chirurgie mutilante

Face à l’évidence, Amélie décide de faire retirer ses implants. Le gynécologue qui les lui avait posés, se dit incapable de les explanter. La quadragénaire prend alors rendez-vous avec un autre professionnel qui pratique une salpingectomie, c’est-à-dire une ablation d’une trompe de Fallope. Mais les symptômes d’Amélie persistent. Une radio confirme que quelques morceaux d’Essure sont toujours dans son corps. C’est donc une opération chirurgicale encore plus lourde qui est envisagée : une ablation totale de l’utérus.

"L’hystérectomie, ça été un calvaire", raconte Amélie, la voix tremblante. Pour elle, ce fut "une épreuve supplémentaire à subir", mais toujours pas la fin du cauchemar. Une radio de vérification décèle encore des micro fragments d’Essure dans le corps de la mère de famille. "On m’a clairement indiqué que ce serait trop risqué d’avoir recours à une nouvelle opération. Je suis donc condamnée à vivre avec ces petits fragments d’Essure qui se baladent dans mon corps !", lâche-t-elle, amère.

Mais les médecins positivent. Ces petits fragments de nickel vont finir par disparaître. Et les effets secondaires devraient se résorber. L’incompréhension d’Amélie, elle, n’est pas près de disparaître : "Comment a-t-on pu commercialiser un dispositif implantable qu’il n’était pas possible de retirer ? Quand on voit les dégâts que ça a pu occasionner, ça pose quand même question…" Car le retrait d’Essure n’est pas sans danger. En 2017, une jeune maman est morte en France des suites d’une hystérectomie qui avait pour but de retirer son implant stérilisateur. Cet implant qui devait révolutionner la vie de certaines femmes.

*Son prénom a été modifié.


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