Pollution de l'air : l'exposition à long terme au carbone suie issu du trafic routier augmente les risques de cancer

Plus les niveaux d’exposition au carbone suie au domicile des participants sont élevés, plus le risque de cancer du poumon est accru.

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Radio France
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Trafic routier sur le boulevard Alsace-Lorraine de Coutances (Normandie). (LUCIE THUILLET / RADIOFRANCE)

Alors que la pollution de l’air est responsable de milliers de décès chaque année en France, des travaux menés par des scientifiques de l’Inserm, de l’université de Rennes 1, de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et de l’université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) suggèrent pour la première fois "qu’une exposition à long terme au carbone suie, (substance engendrée par le trafic automobile), est associée à un risque accru de cancer, notamment du poumon". Les résultats de cette étude, que franceinfo a pu consulter, sont publiés dans la revue EHP mercredi 24 mars.

L'étude suggère ainsi que plus les niveaux d’exposition au carbone suie au domicile des participants étaient élevés, plus le risque de cancer du poumon était accru. Les personnes les plus exposées au carbone suie depuis 1989 présentaient ainsi un sur-risque de cancer en général d’environ 20% par rapport aux personnes les moins exposées. Ce sur-risque était de 30 % en ce qui concerne le cancer du poumon. "Ce composé pourrait donc en partie expliquer les effets cancérigènes de la pollution de l'air, estiment les chercheurs. Nous espérons que nos résultats participeront à étendre les connaissances pour orienter et affiner les politiques publiques, par exemple en prenant des mesures spécifiques contre le carbone suie qui vient principalement du trafic automobile."

Un risque accru si l'on vit près d'un axe routier fréquenté

En 2013, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a d’ailleurs classé l'ensemble des particules fines comme des cancérigènes certains pour l'homme. Le carbone suie (black carbon en anglais) est un constituant des particules fines, issu de combustions incomplètes produisant de la suie. Ce composé est également appelé noir de carbone de par sa composition et sa couleur. Il avait déjà été pointé du doigt par l’OMS comme ayant un impact général délétère sur la santé.

Les chercheuses Émeline Lequy et Bénédicte Jacquemin se sont appuyées sur les données de santé des participants de la cohorte Gazel mise en place par l’Inserm au sein de l’UMS 11 en 1989, qui regroupe environ 20 000 participants suivis tous les ans. Point fort de cette cohorte : l’historique du lieu de résidence de tous les participants sur les trente dernières années est disponible. Les chercheuses avaient aussi accès à des estimations très précises des niveaux de pollution, issues du projet européen Elapse, au niveau de chacun des domiciles de chacun des participants sur cette longue période. Grâce à des modèles statistiques ajustés pour prendre en compte les autres facteurs de risque et s’affranchir de l’effet concomitant des particules fines dont le carbone suie fait partie, elles ont pu montrer spécifiquement l’association entre carbone suie et risque de cancer.

Ces résultats, inédits sur l’incidence de cancer et qui viennent renforcer une littérature scientifique déjà existante sur d’autres problèmes de santé, "sont importants pour guider la décision publique en ce qui concerne la régulation de la pollution de l’air et les politiques sanitaires".

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