Pénurie de tests de dépistage du cancer colorectal : "On est dans une situation extrêmement critique"

Selon Nathalie Clastres, chargée de mission prévention et dépistage à La Ligue nationale contre le cancer, le seul département à encore disposer de quelques tests est l'Essonne.

Un test de dépistage du cancer colorectal.
Un test de dépistage du cancer colorectal. (CLAUDE PRIGENT / MAXPPP)

"On est dans une situation extrêmement critique", déclare jeudi 25 avril sur franceinfo, Nathalie Clastres, chargée de mission prévention et dépistage à La Ligue nationale contre le cancer. Plusieurs régions de France sont confrontées à une pénurie de tests de dépistage du cancer colorectal, en raison d'une procédure judiciaire visant l'appel d'offres lancé en 2018 par l’Assurance maladie pour désigner le nouveau fournisseur des tests de dépistage. L'Assurance maladie assure que, en attendant, elle va tenter de répartir les stocks de tests restants vers les régions où il en manque. Le cancer colorectal est le deuxième cancer le plus meurtrier, provoquant 18 000 morts par an en France.

franceinfo : On est dans une situation là où face à cette pénurie, il y a des vies qui sont en danger ?

Nathalie Clastres : Oui, on est dans une situation extrêmement critique effectivement. On a tiré la sonnette d’alarme, ça fait déjà la deuxième fois. L’année dernière c’était la même chose lors de l’annulation du marché aussi, qui avait été renvoyée ensuite en Conseil d’Etat et bien heureusement la décision avait été annulée en Conseil d’Etat, mais on a l’impression que tous les ans on revit la même chose. Depuis la mise en place de ce nouveau test immunologique, qui est pourtant très efficace et qui effectivement est à même de sauver des vies, on est toujours confronté au même problème. On a l’impression d’avoir une mauvaise gestion des stocks et de l’Assurance Maladie qui n’a pas suffisamment anticipé ce problème de rupture, ce problème d’acheminement des tests mais aussi ce problème de rupture de la chaîne dépistage/diagnostic.

Que pensez-vous de cette affaire alors que l’on sait que la décision pourrait être rendue dans plusieurs mois et qu’il y a 800 cas détectés chaque mois ?

Je ne peux pas être juge et partie dans cette affaire d’appel d’offres, c’est la justice effectivement qui doit rendre des décisions, mais je trouve regrettable que ce soit un juge administratif sur lequel repose tout un programme de santé publique et la responsabilité de 17 000 morts par an. En 2015, lors du premier marché public, la première décision de la cour administrative qui avait ordonnée la suspension du marché, on a mis déjà plus d’un an avant d’avoir les tests à disposition. Donc effectivement la rupture de la chaîne, c’est une perte de chance réelle pour les patients qui s’ignorent, puisque tout l’intérêt du test de dépistage repose évidemment sur la détection de la présence de sang dans les selles, invisibles donc les personnes n’ont pas de symptômes. L’intérêt effectivement est d’arriver le plus tôt possible au dépistage grâce à ce test qui permet de détecter le sang, grâce ensuite à une coloscopie on peut enlever les polypes avant même qu’ils ne se transforment en cancer. Le professeur Ponchon l’a bien montré très récemment, on sait que la frontière entre des polypes de hauts grades et la cancérisation, il peut se passer parfois très peu de temps. Donc là on est effectivement à avoir des gens qui peuvent aujourd’hui grâce au dépistage avoir une coloscopie et qu’on leur retire les polypes avant même que ce soit des cancers, dans six mois peut être que ces polypes auront évolué en cancer et auront besoin de traitement qui seront beaucoup plus lourd.


La solution de l’Agence régional de la santé, de répartir les stocks de kits de dépistage récents dans les régions où les tests manquent, est-elle viable ? Ou en tous cas, est-ce qu’elle est tenable pour l’instant ?

Elle n’est pas viable, je ne pense pas. Aujourd’hui même on a déjà des médecins qui nous orientent leurs patients pour demander des tests immunologiques. Or évidemment ce n’est pas le rôle de la Ligue et nous n’avons pas les tests immunologiques à fournir aux patients. Ce sont les centres de coordination des dépistages en régions maintenant qui ont ce rôle, mais ils commencent juste à se mettre en place et se reposent encore sur les antennes départementales, et dans les départements il n’y a plus de tests dans beaucoup d’endroits. Il y a une pénurie oui en Auvergne-Rhône-Alpes, une pénurie dans le Grand Est, une pénurie en Île-de-France. Le seul département aujourd’hui à pouvoir encore à avoir quelques tests c’est l’Essonne, tous les autres départements n’ont plus de tests et ont arrêté les invitations depuis le mois de janvier.