"On fait quoi maintenant et après ?" : l'angoisse des familles s'exprime à Sainte-Pazanne après la série de 12 cas de cancers pédiatriques

À l'invitation de l'Agence régionale de santé, une réunion à la forte affluence s'est tenue jeudi soir dans la commune de Loire-Atlantique où une enquête épidémiologique va être lancée. 

L\'Agence régionale de santé a organisé une réunion publique le 4 avril 2019 après la révélation de 12 cas de cancers pédiatriques dans le secteur de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique). 
L'Agence régionale de santé a organisé une réunion publique le 4 avril 2019 après la révélation de 12 cas de cancers pédiatriques dans le secteur de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique).  (FRANCK DUBRAY / MAXPPP)

"On a quitté la ville de Nantes, pour la campagne. Qu’est-ce qui peut faire que nos enfants tombent malades ?", lance, très émue, une mère de famille. Son angoisse reflète la tonalité de l'assistance à Sainte-Pazanne, jeudi 4 avril, venue s'informer après la révélation de 12 cancers pédiatriques depuis 2015 sur ce secteur de Loire-Atlantique. 

Le reportage de Béatrice Dugué
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Plus de 600 personnes participent à la réunion publique organisée par l'Agence régionale de santé, qui va mener des études. L’atmosphère est empreinte d’une gravité intimidante pour le maire de la commune, Bernard Morilleau. "C’est un peu compliqué, reconnaît-il. J’ai rarement vu autant de gens et c’est un silence impressionnant." 

Faut-il déménager ?

Tout le monde n’a pas pu s’asseoir. Certains participants sont debout, d’autres écoutent la retransmission dans une salle attenante. L’assistance va poser des questions pendant près de trois heures, avec dignité, comme cette maman des Moutiers-en-Retz, à moins de 20 km de Sainte-Pazanne, dont la fille, adolescente, vient de guérir d’un cancer.

J'ai un autre enfant qui aujourd'hui a l’âge de ma fille quand elle est tombée malade, c’est-à-dire 13 ans.Une participante à la réunion de Sainte-Pazanne

L’inquiétude tenaille ces parents dont certains se demandent s’ils doivent déménager ou non. "Excusez-moi d’être abrupte, d’être pragmatique mais je pense qu’on a besoin de savoir. On fait quoi maintenant et après ?", s'exclame une participante. "On n’est pas face à une épidémie. C’est ça que je veux vous dire. Il n’y a pas de mesures de protection que vous pourriez prendre et que nous pourrions vous conseiller", lui répond un orateur. 

À la recherche d'"une cause commune, locale"  

Il faut surtout former les médecins du secteur, exige, la voix tremblante, une maman qui a perdu son enfant : "En tant que parent, on va attendre un mois pour voir un médecin. Il ne trouve que dalle. Il n’y pas une prise de sang, rien, et au bout d’un mois, l’enfant, il crève !"  Alors que l’Agence régionale de santé promet de réunir des médecins généralistes du secteur, les habitants émettent des hypothèses pour expliquer la série de cancers. Ils évoquent par exemple les pesticides, les ondes téléphoniques, les terres polluées, le benzène émis par la circulation automobile ou encore le dégagement de radon. "Nous lançons la recherche", répond Bertrand Gagnière, épidémiologiste de Santé Publique France.

On va tout regarder, mais il n’y a pas pour le moment de facteur de risque fort qui ait émergé des premières investigations et qui nous permette de dire c’est ça, on a trouvé la cause.Bertrand Gagnière, épidémiologiste

"En soi, chaque maladie a une cause, mais nous, ce que nous recherchons, c’est est-ce qu’il y a une cause commune, locale, à laquelle il faudrait soustraire la population si elle existait", ajoute Bertrand Gagnière. Il reste à déterminer le périmètre de l’étude pour cet excès de cancers pédiatriques. Les premières indications sont espérées d’ici six mois.