Mort d'Axel Kahn : depuis plusieurs semaines, le médecin racontait sa fin de vie et "sa totale sérénité"

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Axel Kahn est pris en photo à Bordeaux (Gironde), le 5 avril 2016. (CONSTANT FORME-BECHERAT / HANS LUCAS / AFP)

Après l'annonce de l'aggravation de son cancer, le médecin généticien, emporté par la maladie mardi, a raconté sa lutte et livré ses sentiments sur la mort.

Le médecin généticien et essayiste Axel Kahn est mort à l'âge de 76 ans mardi 6 juillet, a annoncé la Ligue contre le cancer. Le président de la Ligue s'était mis en retrait de ses fonctions, en mai, en raison de son cancer, qui s'était aggravé. 

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Par la suite, le médecin a raconté, à plusieurs reprises, dans les médias et sur les réseaux sociaux, sa lutte contre la maladie et livré ses sentiments sur la mort qui approchait. Extraits.

"La patrouille m'a rattrapé"

"Je suis en train de parcourir l'itinéraire final de ma vie". Axel Kahn est l'invité de France Inter, le 17 mai. Au micro, il déclare : "Je lutte contre le cancer et il se trouve que la patrouille m'a rattrapé. Moi aussi, j'ai un cancer." "Je vais maintenant mener deux combats : un combat totalement personnel, que je vais mener seul, c'est un combat honorable contre ma maladie. Mais puisqu'il me reste un peu de temps, je vais essayer d'optimiser ce temps qui me reste", a-t-il expliqué.

Alors que le cancérologue affirme dans un texte publié sur son blog affronter ce combat "sans terreur aucune", il évoque à l'antenne une "expérience intéressante". "On ne la vit qu'une seule fois puisque, ensuite, on est mort. Je le vis, je ne le fais pas en chantant, j'aime la vie. Mais je ne le fais pas non plus dans la terreur. Je le fais avec détermination", a-t-il affirmé. Il décrit aussi une "période très importante" de sa vie.

"J'ai souvent dit que personne n'est autre chose que ce qu'il fait. Imaginons qu'il me reste trois, quatre semaines à pouvoir faire, alors le choix de ce que je fais, la manière dont je le fais, sont plus importants que jamais."

Axel Kahn

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Au cours du weekend qu'il vient de passer en famille à la campagne, avec sa jument à laquelle il a dit "au revoir", le médecin s'est demandé : "Qu'est-ce que c'est que le bonheur ? C'est le moment à partir duquel vous vivez ce que vous espériez vivre, où il y a adéquation entre votre ressenti de votre vie et ce que vous en espériez. Mort ou pas mort, j'ai été intensément heureux. La communion entre moi et mes enfants, qui savaient que c'était une transmission, était magnifique. Entre moi et ma compagne, avec qui je vis depuis si longtemps, la manière dont elle me regardait amoureusement, c'était magnifique", témoigne Axel Kahn, qui ajoute qu'en tant que médecin, "la mort est une vieille amie"

"Je ne ressens aucune anxiété"

"Souriant et apaisé, je vous dis au revoir, amis." Le 21 mai, il adresse un dernier message intitulé "Le bout du chemin" à ses contacts sur Facebook. "Je vais mourir, bientôt. Tout traitement à visée curative, ou même freinatrice, est désormais sans objet. Reste à raisonnablement atténuer les douleurs", raconte le médecin. Il confie aussi son sentiment face à la mort qui approche : "Je suis comme j'espérais être : d'une totale sérénité." "Je ne ressens aucune anxiété. Ni espoir – je ne fais toujours pas l'hypothèse du bon Dieu –, ni angoisse. Un certain soulagement plutôt", écrit-il.

"Ce que je garde est beau, très beau"

Axel Kahn tient ensuite une "chronique apaisée" de sa fin de vie, sur son blog et sur les réseaux sociaux, jusqu'au 17 juin. Il y a décrit son combat contre la maladie, sans toutefois lui laisser toute la place : "Mon cancer est devenu irréductible, soit, on ne va pas en faire un fromage." Il dit vivre ces moments sans "aucune angoisse" et célébrer la vie. "On ne peut mourir que si on a vécu. Et je vis, c'est vrai, mais si bien que la mort se réduit à une ponctuation élégante. Si j'avais eu une vie de merde, arrêter la partie me tenterait peut-être mais serait un échec : stopper une pièce qui n'a pas vraiment décollé est un non-événement. Alors que là, c'est excitant. Comme de faire le tour du mont Viso, atteindre le sommet du mont de la Font Sancte et finir dans la vallée vers Guillestre", a-t-il écrit. "Amies et amis, combattons, ne lâchons rien avant que ce moment n'en soit réellement, paisiblement venu."

Le texte retrace ainsi des souvenirs de vie, "des images de splendeurs, de plaisirs, d'amours, d'émerveillements", des "paysages et des fleurs" croisés... "Un monde de Bisounours, sans aucun doute. Mais j'ai si peu de jours, il me faut trier. Et ce que je garde est beau, très beau."

"S'entraîner à vivre le mieux possible"

La mort "m'indiffère totalement". C'est ce qu'Axel Kahn affirme dans "La grande Librairie", sur France 5, le 23 juin. La mort "n'existe pas, ce qui existe, c'est la vie qui s'interrompt. La mort, pour un agnostique comme moi, ce n'est pas plus que la fin de la vie", a-t-il déclaré, parlant d'un "rideau qui se baisse". Durant l'entretien, il plaide pour "l'enseignement de la perspective de la vie" et non de la mort. "La seule chose à laquelle il faille s'entraîner est de vivre le mieux possible, de concentrer les moments où on peut connaître le bonheur, la joie", a-t-il défendu. 

Pour lui, le sens de la vie "est ce que l'on fait". "Un saint qui se conduit comme un salaud est un salaud. (...) Seule l'action importe, seule l'action vis-à-vis des autres importe."

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