Info France 2 Opérations de cancers du sein et de l'ovaire : 80% des établissements français ne suivent pas les recommandations scientifiques

L'enquête de "Cash Investigation" révèle que l'immense majorité des hôpitaux et cliniques n'atteignent pas les niveaux d'activité recommandés par les scientifiques. Dans les établissements qui pratiquent peu, le manque d'expertise peut entraîner une multiplication par deux des décès.

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Plus les équipes chirurgicales pratiquent, plus les chances de guérison des malades du cancer sont élevées. (CASH INVESTIGATION / FRANCE 2)

En France, les cliniques ou hôpitaux doivent réaliser au moins 30 opérations du cancer du sein par an pour être autorisés à pratiquer. D'après l'Assurance maladie, qui s'appuie sur une méta-analyse d'études scientifiques, un niveau d'activité inférieur à ce seuil entraîne une surmortalité pour les patientes. Dans un rapport publié en 2018, l'organisme recommande même aux établissements d'opérer au moins 150 cancers du sein par an.

>> Cancer : 812 hôpitaux et cliniques ont opéré sans autorisation en France en 2018

Cette recommandation, cinq fois supérieure au seuil légal français, est d'ailleurs exigée en Espagne et en Allemagne. Au regard de ces prescriptions issues de la communauté scientifique et des pratiques de nos voisins européens, les seuils en France pour obtenir l'autorisation d'opérer les cancers du sein semblent donc peu contraignants.

Un taux de mortalité largement supérieur

Or, le risque de mortalité est beaucoup plus élevé chez les patientes opérées dans des lieux qui pratiquent trop peu. Dans son rapport, l'Assurance maladie estime que pour le cancer du sein, le taux de mortalité un an après l'opération augmente de 84% quand la patiente a été opérée dans un établissement qui pratique moins de 30 actes chaque année, en comparaison avec une établissement qui réalise plus de 150 opérations par an.

Les journalistes de "Cash Investigation" ont calculé qu'entre 2016 et 2018, 80% des établissement qui opéraient des cancers du sein en France réalisaient moins de 150 opérations par an et ne suivaient donc pas les recommandations de l'Assurance maladie.

"Cash Investigation" et franceinfo diffusent pour la première fois la carte qui détaille le nombre moyen d'opérations de cancer du sein effectuées entre 2016 et 2018 par les hôpitaux et les cliniques en France. En bleu, les établissements qui accomplissent plus de 150 opérations par an. En orange, ceux qui pratiquent moins de 150 opérations par an.

Pour certains cancers comme celui de l'ovaire, il n'existe pas de nombre minimum d'opérations pour être autorisé à pratiquer. Pourtant, là aussi une forte surmortalité est observée chez les patientes opérées d'un cancer de l'ovaire dans des établissements peu expérimentés. Selon le rapport de l'Assurance maladie, le taux de mortalité un an après l'opération augmente de 40% quand la patiente a été opérée dans un établissement qui pratique moins de 10 actes chaque année, en comparaison avec une établissement qui réalise plus de 20 opérations par an. L'Assurance maladie recommande donc aux hôpitaux et cliniques de pratiquer au moins 20 opérations par an.

Les journalistes de "Cash Investigation" ont calculé que 80% des établissements français pratiquaient moins de 20 opérations de cancer de l'ovaire par an, entre 2016 et 2018. Franceinfo et "Cash Investigation" mettent en ligne une carte détaillée du nombre moyen d'opérations de cancer de l'ovaire effectuées entre 2016 et 2018 par chaque clinique et chaque hôpital de France. En bleu, les établissements qui pratiquent plus de 20 opérations par an. En orange, ceux qui pratiquent moins de 20 opérations par an.

Dans son rapport annuel de 2018, l'Assurance maladie avait alerté les autorités de santé sur les risques pour les patientes atteintes de cancer de l'ovaire ou de cancer du sein. Le rapport recommandait à l'époque de durcir les règles d'autorisations pour atteindre les recommandations des scientifiques afin "d'assurer un égal
accès à des soins de qualité et d'améliorer les résultats de santé
dans la population".

Depuis ces recommandations, les règles n'ont pas évolué. Ce sont les mêmes depuis la mise en place des seuils d'activité en 2009. Résultat, chaque année, en France, 24 000 femmes atteintes d'un cancer de l'ovaire ou du sein sont opérées dans des établissements qui ne suivent pas les recommandations de l'Assurance maladie, selon une estimation effectuée à partir des données recueillies par les journalistes de "Cash Investigation".

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