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Choisir le sexe de son enfant grâce à un "mode d'emploi naturel" ? On vous explique pourquoi c'est plus compliqué que ça

"Le Parisien" a fait sa une, jeudi, sur MyBubelly, une méthode assistée par une application qui permettrait de choisir le sexe de son enfant. Mais les spécialistes contactés par franceinfo se montrent dubitatifs. 

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Dans une maternité de Nice (Alpes-Maritimes), un père étreint la main de son bébé, en 2014. (Photo d'illustration) (ALBANE NOOR / BSIP/AFP)

Tout nouveau, tout beau ? Une appli appelée MyBubelly préconise une méthode "naturelle" permettant de choisir le sexe de son enfant, détaille Le Parisien du 3 janvier. Vous avez déjà trois garçons et rêvez d'une fille ? La solution serait à portée de clic, grâce à une alimentation adéquate de la mère, au choix judicieux de la date de conception... et à un service facturé 149 euros par mois (fournissant conseils, compléments alimentaires, tests de PH et tests d'ovulations). Issue du milieu de l'art, la fondatrice du site, Sandra Ifrah, 37 ans, "revendique 90% de taux de réussite", pointe le quotidien francilien. Qu'en pensent les spécialistes ? Ils sont pour le moins sceptiques. 

Une méthode vieille de 30 ans

"Ouh la la ! Ah oui, c'est très 'nouveau', le régime alimentaire. En vrai, ça date des années 1970", rigole la gynécologue Danielle Gaudry, ancienne présidente du Planning familial du Val-de-Marne. Selon certains médecins, en effet, un régime alimentaire à base (entre autres) de choux, légumes verts et produits laitiers favoriserait la survenue d'une fille, tandis qu'une mère se nourrissant de viande, poisson, oignons et buvant des jus de fruits multiplierait les chances de voir naître un garçon. 

Spécialiste reconnu de l'assistance médicale à la procréation et ancien chef d'unité de médecine de la reproduction à l'hôpital Cochin, l'obstétricien François Olivennes ironise, lui aussi, en voyant ressurgir cette vieille lune. 

Le régime du Docteur Papa – ça ne s'invente pas ! – a 30 ans. Lui donnait 70% de chances de réussite avec son régime, je ne sais pas si ça a été affiné depuis pour atteindre les 90%.

François Olivennes, obstétricien

à franceinfo

Notons qu'en 2011, le professeur François Papa s'enorgueillissait déjà, dans une interview au Point, de 88% de réussite avec son régime miracle. Comment cette méthode fonctionnait-elle ? "Ce qui a été montré, explique Danielle Gaudry, c'est que l'alimentation va changer le milieu vaginal, en le rendant plus acide ou plus alcalin, ce qui favoriserait dans le premier cas le spermatozoïde X [fille], et dans le second, le spermatozoïde Y [garçon]". Encore faut-il être motivé, précise-t-elle, puisqu'il s'agit, selon ceux qui le préconisent, "de régimes extrêmement stricts, à commencer trois mois avant la fécondation. Pour avoir une vie sociale, c'est difficile !" Selon elle, des études affirment que "ça déplace légèrement, de quelques pourcents, les statistiques qui sont, sinon de 51% pour les garçons, de 49% pour les filles. Mais ça n'est jamais 90% des cas".

"On ne sait jamais quel rapport va être fécondant"

Le second commandement de la méthode MyBuBelly laisse aussi sceptiques les spécialistes : choisir judicieusement la date des rapports supposés reproductifs. Il conviendrait ainsi de les programmer avant l'ovulation si l'on veut une fille, et après si l'on désire plutôt un garçon. Sauf que ce principe "n'a jamais été établi, d'autant qu'il est très difficile de dépister le moment précis de l'ovulation de manière scientifique", soulève François Olivennes.  

En plus, on ne sait jamais quel rapport va être fécondant. Si on doit s'arrêter d'en avoir à un moment précis ou ne commencer qu'à partir d'un autre moment, ça n'augure pas une vie sexuelle particulièrement épanouie !

Danielle Gaudry, gynécologue

à franceinfo

Avec quel résultat, surtout ? Pour Philippe Deruelle, secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), et professeur de gynécologie-obstétrique, aucune des deux méthodes avancées par MyBubelly "ne tient la route". 

Aucune donnée scientifique ne soutient ce genre de thèse. J'avais refait toute la littérature avec un de vos confrères, il n'y a rien de sérieux dans les études menées, dont la méthodologie est le plus souvent critiquable".

Philippe Deruelle, professeur d'obstétrique

à franceinfo

Et François Olivennes d'enfoncer le clou. "Aucune méthode n'est validée scientifiquement à 90% comme prétendu. Mais depuis vingt ans, parmi mes confrères, il y a des adeptes de l'une ou l'autre [régime alimentaire ou date des rapports], qui sont contents de leurs résultats sur leurs patients, sachant qu'il y a déjà 50% de chances que ça marche sans rien faire", conclut-il en riant.

Le tri des spermatozoïdes, "seule méthode efficace" 

L'obstétricien s'interroge néanmoins sur le service rendu par un prétendu "coaching", puisque le fameux régime alimentaire aux vertus supposées prédictives est connu depuis des lustres. Philippe Deruelle soupçonne surtout, de son côté, une tentative pour "faire de l'argent avec des nouvelles technologies, qui donnent l'impression que ça améliore le processus", en le teintant de modernité.

Aucun moyen donc de décider du sexe de son enfant ? Si, mais il n'est guère naturel : "La seule méthode efficace, c'est la sélection préimplantatoire avant insémination, qui consiste à trier les spermatozoïdes X [fille] et Y [garçon], selon ce qu'on désire", précise Danielle Gaudry. Une technique de tri des spermatozoïdes –voire des embryons – autorisée "uniquement à des fins médicales en France", par exemple "pour éviter la transmission de certaines maladies génétiques", précise BFMTV.

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