Amputé, il retrouve le sens du toucher grâce à une prothèse bionique

C'est la première fois qu'un tel scénario se réalise. Cela ouvre la voie, dans les prochaines années, à une prothèse restituant la fonction d'un membre mais aussi ses sensations.

Dennis Aabo Sørensen, un Danois de 36 ans, tient une orange avec une prothèse bionique, à Rome (Italie), le 24 février 2013.
Dennis Aabo Sørensen, un Danois de 36 ans, tient une orange avec une prothèse bionique, à Rome (Italie), le 24 février 2013. (PATRIZIA TOCCI / AP / SIPA)

"J'ai pu ressentir des sensations que je n'avais plus ressenties depuis neuf ans." Un homme amputé a retrouvé le sens du toucher. Cet exploit a été rendu possible grâce à une main artificielle expérimentale reliée aux nerfs de son bras, indiquent les résultats de cet essai clinique publiés dans la revue scientifique américaine Science Translational Medicine (en anglais).

Il s'agit d'une première biomédicale, et cela ouvre la voie, dans les prochaines années, à une prothèse restituant la fonction d'un membre mais aussi ses sensations.

Des chercheurs suisses, allemands et italiens ont testé cette main bionique à l'hôpital Gemelli de Rome, en Italie, sur un Danois de 36 ans. Il avait dû être amputé du bras gauche neuf ans plus tôt à la suite d'une explosion en manipulant des feux d'artifice chez lui.

Des électrodes greffées sur les nerfs périphériques du bras

L'équipe de Silvestro Micera, de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) en Suisse, a mis au point la prothèse. Avec elle, le patient peut ajuster sa force pour saisir des objets et identifier leur forme et leur texture.

Cette prothèse est munie de capteurs capables de réagir à la tension des tendons artificiels. Elle transforme en impulsions électriques les informations émises quand le patient manipule un objet. Ces signaux, convertis en équivalent d'impulsions nerveuses, sont transmis aux quatre électrodes greffées sur les nerfs périphériques du bras.

Dennis Aabo Sørensen, un Danois de 36 ans, serre une main grâce à une prothèse bionique, à Rome (Italie), le 24 février 2013.
Dennis Aabo Sørensen, un Danois de 36 ans, serre une main grâce à une prothèse bionique, à Rome (Italie), le 24 février 2013. (PATRIZIA TOCCI / AP / SIPA)

L'intervention chirurgicale par une équipe de chirurgiens et de neurologues a été réalisée en janvier 2013 à l'hôpital Gemelli de Rome. Près de trois semaines de tests ont été nécessaires avant que la prothèse ait pu être branchée aux électrodes par l'équipe de Silvestro Micera. Ensuite, les chercheurs et le patient ont testé la main pendant une semaine. Les électrodes ont été retirées après un mois, conformément à la législation européenne régissant les essais cliniques. Mais selon ces chercheurs, elles pourraient rester implantées et fonctionner plusieurs années sans endommager les nerfs périphériques.

Commercialisation "dans cinq ans au plus tôt et quinze ans au plus tard"

Il faudra cependant encore attendre quelques années avant que cette main bionique soit commercialisée, explique Stanisa Raspopovic de l'EPFL, un des auteurs de ces travaux menés dans le cadre du projet européen LifeHand2.

"Tout dépendra des prochains essais cliniques", a-t-il dit sans vouloir préciser le nombre de patients qui en feraient partie. Mais, il estime que la commercialisation devrait être possible "dans cinq ans au plus tôt et quinze ans au plus tard".

Selon lui, il est difficile à ce stade d'estimer le prix d'une telle prothèse, mais le fait d'en produire en série devrait faire tomber les coûts. La prochaine étape sera de miniaturiser les composants électroniques pour les intégrer à la prothèse et de mettre aussi au point une batterie efficace, a ajouté le spécialiste.