Substances toxiques dans les emballages en carton : "Si ce n’est pas dû à l’encre, le problème peut se trouver ailleurs"

La porte-parole du Bureau européen des unions de consommateurs regrette une trop faible réglementation autour des emballages en carton, qui peuvent être parfois nocifs pour notre santé.

Les rayons d\'un supermarché (illustration).
Les rayons d'un supermarché (illustration). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

"Il y a des encres qui sont à l’extérieur du paquet et qui entrent en contact avec nos aliments", explique Pauline Constant, porte-parole du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), vendredi 26 juillet sur franceinfo. Selon une étude, les emballages alimentaires en papier et en carton, qui viennent bien souvent remplacer les emballages plastiques, contiennent des substances chimiques et peuvent être nocifs pour la santé.

"Il existe une règlementation cadre de l’Union européenne qui dit que le papier doit être sûr", ajoute-t-elle en regrettant que cette règle ne détaille pour le moment pas les substances jugées "sûres" ou non. Ainsi, "si ce n’est pas dû à l’encre, le problème peut se trouver ailleurs"

franceinfo : En passant du plastique au carton et au papier, on est gagnants sur la pollution mais pas sur le risque sanitaire ?

Pauline ConstantIl faut savoir qu’effectivement, le plastique en tant qu’emballage alimentaire est mieux règlementé. C’est celui qui est le plus utilisé en Europe à l’heure actuelle, juste devant le papier et le carton. Mais il faut savoir qu’en Norvège, dans les bouteilles en plastique, on a retrouvé des retardateurs de flammes qui peuvent avoir des effets de perturbateurs endocriniens. Ces quantités respectaient les seuils autorisés, mais on peut se demander pourquoi utiliser des substances qui retardent le feu dans des bouteilles d’eau.

Donc on voit bien que ces règles qui encadrent le plastique ne sont pas non plus parfaites. C’est pour ça qu'on voudrait que le papier et le carton en tant qu’emballage alimentaire soient règlementés au moins aussi bien que le plastique, mais si c’est encore mieux règlementé, on sera encore plus contents. Il y a des encres qui sont à l’extérieur du paquet et qui le transpercent, et c’est bien ça le problème parce qu’elles entrent en contact avec nos aliments et peuvent dans certains cas migrer dans notre alimentation.

Pourquoi n’y a-t-il pas d’encadrement légal sur ces emballages alors que c’est le cas pour ceux en plastique ?

C’est le cas pour le plastique parce que c’est le premier type d’emballage alimentaire qui est utilisé. Pour papier, il existe une règle très générale, il y a une règlementation cadre de l’Union européenne qui dit que le papier doit être sûr. Mais le problème c’est qu’il manque des règles spécifiques qui précisent ce qui est sûr et ce qui ne l’est pas. C’est pour ça que depuis de nombreuses années, grâce aux résultats de tests menés par nos membres dans plusieurs pays européens, nous demandons que l’Union européenne règlemente ce genre d’utilisation. On peut imaginer que pour le moment ce n’est malheureusement pas une priorité pour la Commission, mais c’est pour ça que nous en avons fait une de nos priorités pour cette législature qui s’annonce. On veut que les consommateurs soient mieux protégés contre les substances toxiques qui se retrouvent dans leurs aliments.

En attendant, que doit-on faire ? Laisser tomber ces emballages lorsqu’ils sont très colorés pour plutôt acheter d’autres produits ?

On pourrait se dire que plus on choisit un emballage coloré, plus on risque d’être exposé. Mais en fait, si on choisit un produit sans impression couleur, ce n’est pas sûr pour autant, parce qu’on peut être exposé à d’autres produits chimiques. L’année dernière, l’UFC Que choisir avait retrouvé ce qu’on appelle des composés perfluorés dans un quart des emballages colorés en fast food et certains types sont reconnus comme extrêmement préoccupants. Un autre test, il y a deux ans, a été mené par beaucoup de nos membres et dans ce cas-là, c’était plus de la moitié des emballages de fast food qui dépassaient la dose autorisée, alors qu’ils n’étaient pas forcément colorés. Si ce n’est pas dû à l’encre, le problème peut se trouver ailleurs.

On peut imaginer que plus on utilisera ces emballages papiers et cartons, plus ils seront règlementés ?

Tout à fait. Et étant donné que beaucoup d’articles en plastique à usage unique vont disparaître d’ici un peu plus de deux ans, il va falloir que la Commission européenne s’attèle à règlementer ces emballages papier, qui ne sont pas si innocents qu’il en a l’air. La Commission est en ce moment en train d’évaluer si ces lois concernant les matériaux en contact avec l’alimentation protègent suffisamment les consommateurs. On peut imaginer que suite à cette évaluation, elle décide enfin de règlementer notamment le papier parmi d’autres emballages.