Scandales alimentaires : "On ne peut pas faire confiance à ces entreprises" qui sont "hors la loi", dénonce le président d'une association de consommateurs

Le président de l’Association pour la santé des enfants, composée de familles de victimes du lait contaminé aux salmonelles en 2017, plaide pour plus de contrôles des industriels.

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Dans un supermarché, une affiche avertit les consommateurs du rappel de plusieurs produits Kinder. (STEPHANIE BERLU / RADIO FRANCE)

Quentin Guillemain, président de l’Association pour la santé des enfants, composée de familles de victimes du lait contaminé aux salmonelles en 2017, estime ce samedi matin sur franceinfo qu'"on ne peut pas faire confiance aux entreprises" mises en cause dans les derniers scandales alimentaires, comme Ferrero ou Buitoni. Il les juge "hors la loi" par rapport aux réglementations sanitaires.

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franceinfo : L'usine Ferrero concernée par des soupçons de salmonelle a dû fermer : est-ce le signe d'une négligence de l'usine ?

Quentin Guillemain : C'est le signe d'une hygiène qui n'est pas irréprochable, et que quelque chose n'a pas été traité à temps. En ce qui concerne l'usine Ferrero, on s'est aperçu qu'elle avait déjà de la salmonelle en décembre 2021. On voit bien qu'à chaque fois, sur ce type d'usine, on est sur des situations qui durent depuis déjà plusieurs semaines voire plusieurs mois. C'est bien le signe que les choses n'ont pas été faites correctement au moment où elles auraient dû l'être. On sait que quand ce type de bactérie arrive dans une chaîne de production, il faut démonter l'entièreté de la chaîne de production, mettre à l'arrêt l'usine pendant quelques semaines et remonter l'ensemble de la chaîne. Ce n'est vraisemblablement pas ce qui a été fait dans cette usine.


Les contrôles sont-ils suffisants ?

La réglementation demande aux industriels de s'auto-contrôler eux-mêmes, c'est-à-dire d'être juge et partie. On ne peut évidemment pas leur faire confiance. On a des scandales tous les mois, tous les ans, donc on ne peut pas continuer avec ce type de réglementation. Il y a aussi la DGCCRF [Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes] et les contrôles du ministère de l'agriculture. Mais en réalité, il n'y a pas assez de personnel. On a supprimé plus de plus de 400 postes en quelques années. Alors même qu'en 2017, au moment de l'affaire Lactalis, tout le monde disait qu'il fallait renforcer les services chargés de ces contrôles, on a diminué leur capacité d'action, tant en termes de moyens qu'en termes humains. Quand il y a ce type de contrôles, ils sont rarement inopinés, et on demande à l'entreprise de fournir des documents. On ne fait aucun contrôle ni analyse sur site. Cela conduit évidemment à vouloir contrôler ce qu'on veut bien nous faire contrôler.

Les entreprises incriminées redoutent-elles les contrôles, s'ils sont rares ?

On a des usines qui fonctionnaient pendant des mois, des années, dans des conditions d'hygiène qui n'étaient pas satisfaisantes voire déplorables. C'est bien la preuve qu'en amont, il n'y a pas eu un travail suffisant de contrôles qui permette de se rendre compte quand l'entreprise ne joue pas le jeu. On voit bien, que ce soit l'affaire Buitoni ou l'affaire Kinder, qu'on est face à des entreprises qui n'ont pas respecté la réglementation et qui sont même hors la loi. On voit bien qu'on ne peut pas faire confiance à ces entreprises. Ce sont des grands groupes, ce ne sont pas des petites entreprises. On parle de Nestlé, on parle de Ferrero. Elles ont des services entiers qui travaillent sur ces questions-là. C'est bien la preuve qu'il y a une défaillance quelque part.


Le retrait des produits a-t-il été assez rapide selon vous ?

J'ai l'impression de revivre ce que j'ai vécu en 2017 [avec Lactalis]. Pendant un mois, on avait eu des retraits successifs de la part de Lactalis. On le voit aujourd'hui avec l'affaire Kinder qui a commencé avec des produits avec des dates d'expiration [spécifiques], puis d'un coup, tous les produits d'une même série, puis tous les produits du même type. On s'aperçoit que les retraits-rappels ne sont pas adaptés à la situation. On aurait dû rappeler tous les produits dès le début. Ça a été exactement la même chose dans le cadre de l'affaire Lactalis sur les fromages. On voit bien qu'ils ont rappelé l'ensemble des fromages quelques jours après avoir rappelé quelques lots. Il y a une réactivité qui n'est pas suffisante et ces industriels privilégient évidemment la rentabilité, c'est-à-dire qu'ils rappellent le minimum avant de rappeler plus largement. C'est un problème, parce que pendant ce temps, les gens en consomment.

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