Saler un plat, tout un art !

Sel blanc, sel gris, sel bleu de Perse, sel noir de lave ou encore sel rose de l'Himalaya... d'où proviennent les couleurs des différents sels ? Comment les choisir et les utiliser ? Les réponses de Raphaël Haumont, enseignant-chercheur spécialiste de cuisine moléculaire.

Le sel et ses couleurs

Le sel, de quoi parle-t-on ?

Le sel correspond au chlorure de sodium (NaCl). Il s'agit d'un cristal, c'est-à-dire un empilement périodique de matière. Le sel peut être décrit comme une alternance d'ions sodium (Na+) et d'ions chlorure (Cl-) dans toutes les directions de l'espace.

On parle de sel gemme quand il vient de la roche. Ces cristaux se sont formés au cours de milliers d'années. Le sel pur est incolore, transparent. Broyé, il devient blanc. C'est le sel de table.Le sel gris de mer, lui, est composé de chlorure de sodium et d'autres éléments. En chimie, on parle d'impuretés. Cela signifie que le sel renferme aussi des oligo-éléments. Par analogie au sucre (blanc raffiné ou brun), le sel gris est un sel complet. Il est intéressant pour la santé car il renferme du calcium, du magnésium, de l'iode, du cuivre, du zinc, du manganèse, du potassium... La fleur de sel, qui cristallise en surface des marais salants est d'ailleurs blanche car elle contient très peu d'impuretés.

Pourquoi certains sels sont-ils colorés ?

Selon la nature des impuretés, on obtient des couleurs de sel différentes. Pour les sels roses ou bleus par exemple, les impuretés chimiques entrent intimement dans le cristal. Le sel bleu a par exemple été formé il y a plus de 100 millions d'années. Il a été découvert sur les terres de l'ancien empire perse. C'est du potassium qui se substitue de temps en temps au sodium. La lumière interagit différemment avec le cristal et la couleur transmise est bleue.

Pour le sel rose, il s'agit de fer. Ce sel s'est formé il y a plus de 200 millions d'années sur la chaîne de l'Himalaya. Le fer, sous sa forme oxydée, est responsable de la couleur rose des cristaux. Selon le degré d'oxydation de ce métal (c'est-à-dire la charge électrique de l'ion fer), et selon son environnement chimique (présence de soufre, d'oxygène, nombres d'atomes voisins autour de lui…), le fer donne divers couleurs, du rose au noir !

Lorsque l'on a de l'oxyde de fer, exactement comme la rouille, on obtient du rose-orangé. Si on a du soufre en plus du fer, on a du sulfure de fer, et la couleur devient noire et le goût change drastiquement.

Démêler le vrai du faux sur le sel

Saler pour une cuisson plus rapide ?

FAUX - L'eau salée bout au-dessus de 100°C, donc a priori le sel ferait cuire plus vite les légumes, pâtes et riz. Mais la variation de température est très faible : de l'eau pure bout à 100°C ; de l'eau à 40 g de sel par litre bout à 100,64°C. Le sel augmente donc un peu la vitesse de cuisson mais vous ne gagnez que quelques fractions de seconde de cuisson.

Le sel fai-il durcir les légumes ?

FAUX - On confond souvent le sel chlorure de sodium et les sels de calcium. Dans l'eau dure, dite riche en calcium ou magnésium, les fibres se rétractent et les légumes sont plus longs à cuire, mais cela n'a rien à voir avec le sel.

En résumé, on peut donc saler l'eau en début de cuisson. Pendant la cuisson, des échanges se font entre l'eau des légumes et l'eau de cuisson. Si l'eau est salée, mais aussi aromatisée, les légumes seront parfumés à coeur. Et cela est aussi vrai pour le riz et les pâtes qui prennent jusqu'à dix fois leur masse en eau !

Pour la viande, il est recommandé de saler en fin de cuisson. Mettez plutôt quelques fleurs de sel à la minute : vous obtiendrez ainsi un contraste en bouche intéressant, et ces cristaux viendront attiser les papilles.

De plus, préférez les cristaux de sel au sel fin en poudre : vous en mettrez beaucoup moins. L'excès de sel est un danger, 3 à 5 g de sel suffisent.

Le sel est-il un exhausteur de goût ?

FAUX - Un exhausteur de goût doit augmenter l'intensité de toutes les saveurs. Or, mis dans des solutions amères et sucrées (du thé vert sucré par exemple), le sel augmente la saveur sucrée et diminue l'amertume. Notre exhausteur de saveurs en augmente une pour réduire l'autre !

Chronique de Raphaël Haumont du 16 mars 2018
Chronique de Raphaël Haumont du 16 mars 2018