Quatre questions sur l'étude qui alerte sur les effets du bisphénol S, le remplaçant du bisphénol A

Des chercheurs toulousains ont étudié le comportement de ce substitut au bisphénol A, interdit depuis plusieurs années dans la composition des contenants alimentaires. Les résultats montrent qu'il pourrait même être plus nocif.

Une chercheuse de l\'Institut national de la recherche agronomique (INRA) étudie des perturbateurs endocriniens, le 9 avril 2015, à Toulouse (Haute-Garonne). 
Une chercheuse de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) étudie des perturbateurs endocriniens, le 9 avril 2015, à Toulouse (Haute-Garonne).  (REMY GABALDA / AFP)

Il devait être moins offensif pour l'organisme. Il serait en réalité plus dangereux. Dans une étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives (lien en anglais), mercredi 17 juillet, des chercheurs toulousains démontrent que le bisphénol S, qui a remplacé le bisphénol A, n'est pas sans conséquences pour la santé humaine. La molécule, repérable dans les biberons, les tickets de caisse, les jouets ou encore les boîtes de conserve, présente une concentration dans le sang supérieure à celle du A, déjà interdit en France. Franceinfo résume ce qu'il faut retenir de cette étude.

Que montre l'étude ? 

Elle a été réalisée par une équipe de l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse et du laboratoire Toxalim (Institut national de recherche agronomique), en collaboration avec les universités de Montréal et de Londres. Leurs travaux, effectués sur des porcelets, montrent que le bisphénol S (BPS) "persiste plus longtemps dans l'organisme" que le A. En clair, l'animal a en réalité plus de mal à éliminer le S que le A.

Autre conclusion de l'étude : la concentration dans le sang. Elle est beaucoup plus élevée avec le S que le A. "Le remplacement du A par le S conduit à multiplier par environ 250 les concentrations dans le sang d'une substance hormonalement active", précise la chercheuse Véronique Gayrard, de l'école nationale vétérinaire de Toulouse, coautrice du rapport.

Pourquoi il faut s'inquiéter pour la santé humaine ?

Parce que le système gastro-intestinal du porc, qui a servi de cobaye pour les travaux des chercheurs, est relativement proche de celui de l'être humain. Entre les lignes, l'étude suggère que le remplacement du BPA par le BPS pourrait finalement augmenter l'exposition de l'humain à un composé hormonalement actif. "Cette étude est très importante car elle permet d'affirmer que les effets du BPS seront observables à des doses plus faibles que le BPA, car le corps ne le métabolise pas aussi facilement", insiste dans les colonnes du Monde Laura Vandenberg, professeure associée à l'université du Massachusetts (Etats-Unis), spécialiste des perturbateurs endocriniens.

Même si les données toxicologiques sont encore insuffisantes pour évaluer précisément le danger, ces résultats sont un pas en avant. "Nous avons des centaines d'études sur le BPA suggérant qu'il peut causer des dommages au corps humain, continue Laura Vandenberg. Mais seulement une douzaine sur le BPS. Nous ne savons presque rien du BPS dans la population humaine. Nous obtenons maintenant de bonnes données de biosurveillance qui vont nous permettre de mieux évaluer le risque de la substance." Les rares études réalisées sur le sujet avancent toutefois que le BPS aurait des effets hormonaux œstrogéniques comparables au BPA, "voire supérieurs pour d'autres capteurs", alerte l'auteure de l'étude.

Est-ce la première alerte ?

Non. En 2017, l'Anses avait déjà tapé du poing sur la table, en appelant à "la plus grande prudence en matière de substitution par ces composés" que sont les bisphénols M, S, B, AP, AF, F et BADGE. En avril de la même année, une étude du magazine 60 millions de consommateurs avait fait analyser par un laboratoire indépendant une mèche de cheveux d'un panel de 43 enfants et adolescents de 10 à 15 ans, habitant "sur tout le territoire" français, tant en ville qu'en milieu rural, pour y rechercher 254 substances. Résultat : le bisphénol S, utilisé comme alternative au A, était présent... dans 98% des échantillons.

Des études canadiennes et américaines ont aussi déjà démontré les effets de perturbateur endocrinien du BPS, qui pourrait notamment rendre les cancers du sein plus agressifs en stimulant la prolifération de cellules cancéreuses. Après avoir exposé des cellules cancéreuses du sein au BPS pendant six jours, les chercheurs ont constaté que la substance chimique se révélait aussi dangereuse que le bisphénol A, en mimant les effets des œstrogènes dans les cellules cancéreuses, apprenait-on en 2017 dans une étude du National Cancer Institute

Le bisphénol S pourrait-il être interdit comme le A ?

Le bisphénol A, qui a été reconnu comme perturbateur endocrinien, est interdit dans les emballages alimentaires en France depuis 2015 (et depuis 2011 dans les biberons). Mais réserver le même sort à son petit frère, le bisphénol S, n'a rien de facile. Notamment parce que les données toxicologiques actuelles, insuffisantes, ne permettent pas, à ce jour, de conduire une évaluation des risques sanitaires liés à son utilisation. 

Mais des chercheurs estiment qu'il est impensable de remplacer une substance dangereuse par une autre sans que cette dernière n'ait été suffisamment étudiée. "Pour les industriels, le BPS n'a que des avantages : les biens de consommation conservent leurs propriétés souhaitées, mais ce n'est pas du BPA, ce qui leur permet d'étiqueter les produits 'sans BPA', décrit Laura Vandenberg, dans Le Monde. Ce qui ne veut pas dire pour autant 'sans danger'". Les associations de consommateurs estiment donc que la solution la plus satisfaisante reste, à ce jour, de recourir à "des alternatives aux plastiques pour les contenants alimentaires, tels que le verre, le silicone ou la céramique".