Lactalis : "Je n'ai pas confiance, je veux savoir où sont passés les laits contaminés"

Le député du Loiret Richard Ramos demande un "dispositif de contrôle qui soit simple sur le lait contaminé", et plus de moyens.

Un gendarme devant l\'usine Lactalis de Craon, le 17 janvier 2018.
Un gendarme devant l'usine Lactalis de Craon, le 17 janvier 2018. (DAMIEN MEYER / AFP)

"Je n'ai pas confiance, tous les éléments font que c'est un groupe aujourd'hui auquel on ne fait pas confiance" a déclaré vendredi 30 novembre sur franceinfo Richard Ramos, député MoDem du Loiret. Des traces de salmonelles ont été retrouvées sur la tour numéro 2 de l'usine Lactalis de Craon (Mayenne), selon des documents de la Direction générale de la santé (DGS) consultés par l'AFP. 

La direction du groupe dément, mais pour Richard Ramos, vice-président de la commission d’enquête parlementaire, "le doute doit profiter aux consommateurs".

Selon vous y a-t-il une volonté de la part de Lactalis de minimiser ce scandale ?

Richard Ramos : Je n'ai pas confiance, tous les éléments font que c'est un groupe aujourd'hui auquel on ne fait pas confiance. Dans la tour numéro 2, on croyait qu'il n'y avait rien, or il y avait quelque chose. Ce sont les consommateurs, par la voix de l'association des victimes, qui ont fait en sorte qu'on ait l'information. Mais on ne veut pas que les consommateurs aient la parole. On est au cœur de ce débat-là. Quand les responsables de Lactalis sont venus dans mon bureau à l'Assemblée nationale un des dirigeants m'a dit qu'il ne donnerait pas son nom. Je n'ai aucune confiance et je veux savoir où sont passés les laits contaminés. J'entends des choses, on me dit qu'ils ont été donnés mais je n'en sais rien. Je suis un député, et donc un petit fragment de la population. Le doute doit profiter aux consommateurs.

Il y a quand même des contrôles qui sont renforcés en ce qui concerne Lactalis. Ils ne peuvent pas faire les choses en cachette ?

Evidemment, ils sont regardés de très près. C'est un groupe tellement important, on sent bien qu'on nous dit de ne pas poser trop de questions et que des emplois sont en jeu. Il y a le rapport, entre ce groupe qui nous ferait directement le chantage et l'emploi et des choses qu'on ne devrait pas dire parce que ce groupe pourrait se délocaliser. Et c'est cela qui ne va pas. En France quand on met des produits dans un rayon, on doit avoir confiance. L'Etat fait son travail car il a mis le projecteur sur cette entreprise aujourd'hui, mais cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas savoir la vérité d'hier. Il faut que ce soit fluide car aujourd'hui il y a la Répression des fraudes d'un côté, le ministère de l'Agriculture de l'autre, Bercy etc. C'est trop compliqué. Il faut un dispositif de contrôle qui soit simple sur le lait contaminé, notamment. Il faut plus de moyens, il faut des agents. On peut recevoir des pièces et les contrôler, mais il faut aller sur les sites, il faut remettre des agents d'Etat qui vont pouvoir contrôler sur place.

Les pouvoirs publics ont fait des contrôles mais on n'a toujours pas de certitude dans cette affaire ?

On a une petite difficulté car le judiciaire est déconnecté de l'exécutif et des parlementaires que nous sommes. Il y a une enquête judiciaire et il faut qu'on regarde, que l'on suive cette enquête de très près. Je regarde cela avec attention et je n'ai pas confiance dans ce groupe. Le PDG, sa fonction dépasse sa personne, c'est un capitaine d'industrie français, il doit recevoir les victimes. C'est tout. Elles ont encore essayé il y a quelques jours d'organiser une rencontre et ce n'était pas possible. Il faut que ces gens-là puissent travailler en confiance avec le consommateur. Il y a une impunité de rapport de forces non-dit. De temps en temps j'ai l'impression qu'à Bercy on fait le chiffre de ce que rapporte Lactalis à l'Etat et que finalement, il ne serait pas jugé comme quelqu'un qui aurait qu'une petite PME, même si Bruno Lemaire notre ministre a été vraiment exemplaire, car quand il a vu qu'il y avait une défaillance d'entreprise il a pris ses responsabilités.