Affaire Lactalis : "C'est tout simplement hallucinant ce qui est en train de se passer", réagit l'ONG Foodwatch

Après les nouvelles révélations sur la contamination de la tour numéro 2 de Lactalis à Craon, l'ONG Foodwatch France a porté plainte au pénal contre X dans cette affaire. "Les consommateurs ont besoin de reprendre confiance" a estimé sur franceinfo Karine Jacquemart, "et cela passe par la transparence". 

Un gendarme devant l\'usine de Lactalis à Craon en Mayenne, en janvier 2018. 
Un gendarme devant l'usine de Lactalis à Craon en Mayenne, en janvier 2018.  (DAMIEN MEYER / AFP)

Karine Jacquemart, la directrice de l'ONG Foodwatch France, s'est dite "scandalisée" sur franceinfo vendredi 30 novembre, après les nouvelles révélations dans l'affaire Lactalis du lait contaminé. Selon des documents de la Direction générale de la santé consultés par l'AFP, des traces de salmonelles ont été retrouvées sur la tour numéro 2, ce que dément vendredi la direction de Lactalis. Dans un communiqué, le groupe Lactalis a affirmé "contester fermement" ces documents qui affirment que des autocontrôles ont mis en évidence que "des produits de la tour n°2 étaient également contaminés".

"C'est tout simplement hallucinant ce qui est en train de se passer (...) Les consommateurs ont besoin de reprendre confiance, cela passe par la transparence et justement aujourd'hui on en est loin", a réagi Karine Jacquemart. L'ONG Foodwatch France a porté plainte au pénal contre X dans cette affaire.


franceinfo : Est-ce que cette affaire prend un peu plus d'ampleur avec ces documents sur la tour numéro 2 de l'usine de Craon ?

Karine Jacquemart : C'est tout simplement hallucinant ce qui est en train de se passer parce que cette nouvelle information qu'en fait la salmonelle a été retrouvée dans des produits fabriqués dans l'usine de Craon dès fin 2017 pose au moins trois scandales. Le premier c'est qu'on continue, un an après, à recevoir des informations au compte-gouttes, mais ça veut dire que c'est une vraie saga, et ce serait peut-être risible, sauf qu'on parle de sécurité sanitaire et de santé publique. Il faut que ça s'arrête, il faut que toute la transparence soit faite sur ce dossier.
Le deuxième scandale, c'est que la gestion des risques a vraiment été en-dessous de tout. Rappelons que cette usine de Craon avait déjà été contaminée en 2005 par la même salmonelle et qu'il y avait plus de 140 enfants qui avaient été contaminés. Et qu'est-ce qu'on sait de cette contamination en 2005 ? La salmonelle avait été retrouvée dans l'environnement de l'usine, et que, quand c'est le cas, il y a de grands risques que les produits soient contaminés. Or, dans la récente affaire Lactalis, on sait que l'environnement de la tour numéro 2 était contaminé. L'argument de Lactalis était de dire "l'environnement est contaminé mais pas les produits". C'est une gestion des risques qui n'est pas du tout à la hauteur. Environnement et produits, c'est la même chose, le risque est trop important pour le négliger.
Le troisième scandale, c'est que la production dans l'usine de Craon de Lactalis a repris au mois de juillet 2018. Quand on voit les dysfonctionnements qu'il y a eu dans cette affaire depuis le début, le fait qu'on a besoin que toutes les responsabilités soient dégagées et qu'un juge d'instruction vient d'être nommé pour donner suite aux plaintes de Foodwatch, d'autres associations et des parents, mais qu'on n'a aujourd'hui aucune garantie du fait que les dysfonctionnements ne se reproduisent pas. Et on apprend en plus aujourd'hui que la tour numéro 2 est directement affectée. Bien évidemment, il est incompréhensible que cette production ait pu reprendre et que les produits infantiles soient commercialisés. Donc on est scandalisé et d'ailleurs on a interpellé les autorités publiques il y a encore un mois sur le dossier Lactalis, on n'a pas de réponse. Foodwatch, en réponse à tous ces scandales, a lancé une pétition sur son site pour demander la transparence et que tous les résultats des contrôles officiels des autorités dans l'alimentaire soient rendus publics. Les consommateurs ont besoin de reprendre confiance, cela passe par la transparence et justement aujourd'hui on en est loin.


Est-ce que dans ces conditions on peut craindre qu'il y ait aujourd'hui sur le marché des boîtes contaminées ?

Il est trop tôt pour le dire et je ne veux pas non plus effrayer les gens. Tout ce que je dis, c'est que c'est la responsabilité de l'entreprise de tout mettre en oeuvre pour s'assurer de ne pas vendre des produits contaminés, or on voit bien que cette entreprise a été défaillante et qu'elle continue à l'avoir été puisqu'on découvre des informations au compte-gouttes. Et puis surtout, c'est la responsabilité des autorités publiques de protéger la santé publique des consommateurs et donc s'il y a le moindre doute, évidemment la production et la commercialisation ne devraient pas être autorisées. Donc on ne comprend toujours pas. D'ailleurs, on s'est révolté que cette usine puisse commercialiser des produits infantiles. De plus, cette entreprise vend plein d'autres produits. Qu'est-ce qui apporte les garanties que sur leurs autres marques et leurs autres usines, ils font les choses bien ? Plus on en apprend, plus le doute persiste. On n'est pas là pour faire peur aux gens, on est juste là pour pointer du doigt les responsabilités et dire aux responsables politiques et aux industriels "Faites ce que vous avez à faire, prenez vos responsabilités, on veut de la transparence".


Mais dans la mesure où Lactalis semble avoir caché ces autocontrôles, c'est difficile de mettre en cause justement les autorités...

Non parce que in fine, il faut bien distinguer la responsabilité des entreprises qui ont en effet de par la réglementation européenne une responsabilité de mener des autocontrôles, et c'est normal, mais cela n'enlève rien au contraire à la responsabilité des autorités, encore faut-il qu'on leur donne les moyens. On entend parler de suppressions de postes à la DGCCRF [Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes], ce n'est peut-être pas la meilleure façon, mais en tout cas c'est la responsabilité des autorités de contrôler les entreprises et de s'assurer in fine que la santé des citoyens et des consommateurs n'est pas mise en danger. Et d'ailleurs, on n'a même pas fini le scandale Lactalis qu'on est déjà sur un nouveau scandale puisque Foodwatch a publié hier [jeudi] un communiqué suite à une enquête du Monde et on a en effet découvert qu'il y avait plusieurs tonnes d'un OGM interdit qui ont été retrouvées sur le marché européen à travers l'alimentation animale, et potentiellement dangereuses pour la santé humaine.