Comment les allergies alimentaires sont-elles prises en charge à l'école ?

Depuis 2003, un "projet d'accueil individualisé" doit être mis en place dans les établissements pour adapter la scolarité des enfants allergiques.

Des enfants mangent à la cantine dans une école de Marseille, le 7 juillet 2009.
Des enfants mangent à la cantine dans une école de Marseille, le 7 juillet 2009. (MAXPPP)

"C'est totalement la faute de la maîtresse." Le père de Jadhen, un petit garçon de 6 ans mort jeudi 29 mars après avoir mangé "trois crêpes", lors du carnaval de son école à Limas (Rhône), ne décolère pas. Lors de la fête, le personnel a proposé des crêpes aux élèves, y compris à son fils, allergique aux produits lactés. L'autopsie a montré que l'enfant est mort d'un choc anaphylactique, une réaction allergique immédiate. 

En France, les allergies alimentaires touchent de 6 à 8% des enfants, selon l'Association française pour la prévention des allergies (Afpral) contactée par franceinfo. Comment les établissements scolaires font-ils pour prendre en charge les allergies des enfants ? Eléments de réponse.

Un "projet d'accueil individualisé" pour chaque enfant allergique

Depuis une circulaire de 2003 relative à l'accueil en collectivité des enfants atteints de troubles de la santé, les parents peuvent demander la mise en place d'un projet d'accueil personnalisé (PAI) à l'école, afin d'organiser la scolarité des enfants. "Cela peut être fait à n'importe quel moment de l'année. Ce projet gère à la fois l'accueil de l'enfant à la cantine et pendant la classe, précise Pascale Couratier, porte-parole de l'Afpral à franceinfo. En général, c'est le médecin ou l'allergologue qui conseille aux parents de demander ce PAI." 

Ce PAI, sorte de guide sur mesure, est ensuite mis en place par l'école, en concertation avec tout le personnel encadrant, la mairie et la cantine. En France, la restauration scolaire à l'école primaire dépend de la commune. Le PAI s'illustre par plusieurs mesures : informer officiellement le personnel de l'école de l'allergie de l'enfant, prévoir des activités aménagées et mettre à disposition une trousse d'urgence. "En conséquence, si l'institutrice a prévu une activité cuisine et que l'enfant est allergique à la farine de blé, on va éviter de faire pour cet enfant-là un gâteau à base de farine de blé ou un collier de pâtes", illustre Pascale Couratier.

Dans les faits, même sans ce protocole, si les instituteurs sont mis au courant d'une allergie, ils agissent en fonction. "Quand il y a la 'Semaine du goût', on fait signer aux parents des autorisations. Ils savent à l'avance qu'on va faire goûter des choses et ils peuvent nous prévenir d'éventuelles allergies, assure Marion, 31 ans, institutrice en primaire à Houilles (Yvelines) à franceinfo. Mais certains parents sont réticents à faire un PAI à cause de la lourdeur administrative. Pour nous, c'est embêtant. Sans PAI, je n'ai légalement pas le droit de donner de la Ventoline à un enfant qui a de l'asthme, même s'il en a dans son sac."

Des premiers soins apportés par les enseignants

Le PAI donne donc le droit aux instituteurs et institutrices d'intervenir en cas d'urgence. Si un enfant fait un malaise, respire mal, l'enseignant peut utiliser le matériel de la trousse de secours, comme une seringue d'adrénaline ou un médicament. "La circulaire de 2003 spécifie que tout doit être mis en œuvre pour apporter un secours immédiat à l'enfant en détresse", reprend Pascale Couratier. Dans ce cadre précis, l'enseignant ne peut pas être poursuivi pour exercice illégal de la médecine.

Selon l'Afpral, les difficultés se situent au niveau de la formation des enseignants. "Très peu de personnes savent ce qu'est un stylo d'adrénaline, et très peu savent l'utiliser car elles n'ont pas reçu de formation." Au cours de leurs études, les enseignants sont pourtant amenés à suivre une formation de premiers secours, "mais la plupart du temps, ce sont les parents d'élèves qui nous montrent comment utiliser le matériel ou donner les médicaments aux enfants", admet Marion.

Un repas de substitution ou un panier-repas préparé par les parents

En général, l'allergologue ou le médecin traitant précise, dans le PAI, si l'enfant peut manger à la cantine, s'il doit l'éviter ou si le menu doit être adapté. "En fonction de la gravité des allergies et de ses moyens, les écoles vont s'adapter", reprend Pascale Couratier. Si un enfant est allergique aux crevettes, "le jour de la paella on lui servira autre chose". Si l'allergie est plus difficile à gérer, comme le lait ou le blé, "les parents peuvent apporter un panier-repas pour l'enfant", note la porte-parole. Certaines cantines optent parfois pour cette dernière solution. "Parfois le personnel de cantine ne connaît pas bien ce que contiennent les plats, alors c'est moins risqué comme ça", note Marion.

Pour simplifier ces mesures, l'Afpral insiste pour que la différence entre allergie et intolérance soit faite. "Cela est primordial pour que les responsables fassent les bons choix. Un enfant allergique au lait ou au blé peut mourir s'il consomme des produits qui en contiennent. Une intolérance provoque des gênes mais pas la mort." Cette différenciation n'est pas toujours bien faite du côté des parents. En 2017, Marion a eu une élève allergique aux produits laitiers. "Sa mère me disait 'au pire elle vomit, elle fait une gastro', mais moi j'avais super peur qu'elle fasse un œdème de Quincke alors j'ai insisté pour avoir un PAI", raconte l'institutrice. Cette dernière confie que les allergies représentent une source de stress supplémentaire au quotidien : "Il faut être super vigilant, bien regarder pendant la récré qu'un enfant ne donne pas un produit rapporté de la maison à un autre... Je n'ai jamais eu de problèmes, mais c'est vrai qu'avoir des 'PAI', c'est jamais tranquille."