Ce que l'on sait de la vente frauduleuse de faux steaks hachés à des associations d'aide aux plus démunis

Fabriqués en Pologne, ils contenaient très peu de véritable viande, remplacée par de la peau, du gras et des produits ajoutés comme du soja ou de l'amidon.

Des steaks hachés surgelés dans une cuisine de restauration collective. (Photo d\'illustration)
Des steaks hachés surgelés dans une cuisine de restauration collective. (Photo d'illustration) (PHILIPPE TURPIN / AFP)

Ce sont les personnes démunies, aidées par des associations, qui ont été victimes de la supercherie. De faux steaks hachés surgelés ont été vendus à quatre associations – la Croix-Rouge, les Restos du coeur, le Secours populaire et la Fédération française des banques alimentaires – par une entreprise française, a annoncé la répression des fraudes (DGCCRF) vendredi 7 juin. L'Etat va saisir la justice, a ajouté la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher. Ces associations avaient commandé 1 500 tonnes de ces steaks, pour un montant de 5,2 millions d'euros. Franceinfo vous explique ce que l'on sait de cette affaire.

Quelle était la composition de ces steaks hachés ?

Dans son communiqué, la DGCCRF dénonce "une tromperie sur les qualités substantielles des produits livrés aux associations" : ce qu'elles ont reçu ne peut pas être considéré comme de véritables steaks hachés. La répression des fraudes, qui a analysé des échantillons de ces produits, a notamment relevé un "excès de gras", des tissus de "mauvaise qualité" et autres "défauts dans la composition".

Sébastien Thollot, secrétaire national du Secours Populaire, une des associations victimes de la fraude, précise à franceinfo que les steaks surgelés reçus "contenaient très peu de viande mais plus de gras", ainsi que des produits ajoutés qui ne sont pas autorisés dans la production de viande hachée "comme le soja et l'amidon". Ils contenaient aussi de la peau et de la viande transformée a été réemployée. Le fournisseur n'a, évidemment, "absolument pas respecté le cahier des charges sur lequel il y a un dispositif très exigeant", déplore Sébastien Thollot. Même constat au Secours Populaire de la Vienne, où France Bleu s'est rendu. 

Où et par qui ont-ils été fabriqués ?

Ces faux steaks hachés avaient été achetés à une entreprise française. Celle-ci "s’approvisionnait auprès d’un industriel polonais", a découvert la DGCCRF, qui ajoute qu'"une autre entreprise française semble avoir servi d’intermédiaire". Néanmoins, "le fabricant polonais livrait directement les associations", précise la DGCCRF à franceinfo. 

Le fournisseur n'avait pas été sollicité directement par les quatre associations, mais sélectionné par l'Etat après un appel d'offres, dans le cadre d'un programme de l'Union européenne (le Fonds européen d'aide aux plus démunis), explique le Secours Populaire à franceinfo. "Pour la France, cela représente vingt-huit produits sélectionnés sur lesquels l'Etat lance des appels d'offres auprès des entreprises avec la fabrication des produits", détaille Sébastien Thollot. "Ils sont ensuite redistribués à nos associations."

Dans les derniers rapports d'exécution du FEAD, la société Voldis a fait plusieurs fois partie des entreprises ayant livré des steaks hachés via ce programme, en 2015 et 2016. Selon une source proche du dossier, cette société fait partie des entreprises citées dans cette affaire.

Selon une estimation d'un rapport sur l'agriculture française publié jeudi par le Sénat, entre 10 et 25% des produits agricoles et alimentaires importés en France ne respecteraient pas "les normes minimales" environnementales et sanitaires "imposées aux producteurs français".

Comment la supercherie a-t-elle été découverte ?

Elle semble avoir sauté aux yeux des associations. "Notre réseau a été alerté au mois de février par des associations et des bénéficiaires de l'aide alimentaire, qui émettaient des doutes sur la qualité organoleptique de ces steaks. Nous avons donc immédiatement conduit des analyses sur les lots reçus", explique à franceinfo Laurence Champier, du réseau des banques alimentaires. 

"L'ensemble des bénévoles ont fait le constat d'une mauvaise qualité du produit, aussi bien visuelle qui gustative", renchérit Sébastien Thollot. Les associations ont alors immédiatement stoppé la distribution et alerté les autorités. Dans son communiqué, la DGCCRF salue "le professionnalisme des associations qui a permis une prompte alerte des services de l’Etat". Des analyses sur une quarantaine d'échantillons encore en stock ont été menées par la répression des fraudes. Les résultats, connus entre mi-mai et début juin, ont confirmé que la composition des steaks n'était pas conforme. Ceux déjà écoulés l'étaient sans doute également.  

Y a-t-il des risques pour la santé de ceux qui ont consommé ces steaks ?

Si cette viande est indéniablement de mauvaise qualité, les analyses de la DGCCRF "montrent qu’il n’y a pas de danger pour la santé des consommateurs", rassure cette dernière. Sa distribution a été stoppée. Selon la DGCCRF contactée par franceinfo, les associations affirment être encore en possession de 720 tonnes et en avoir donc distribué 780 environ, qui ont donc pu être consommées. Ces steaks hachés n'ont, par ailleurs, pas été distribués dans le commerce : si vous n'avez pas bénéficié des distributions d'une des quatre associations touchées, vous n'êtes pas concerné.

Que risquent les responsables de la fraude ?

Les enquêteurs de la répression des fraudes ont déjà entendu les dirigeants des deux entreprises françaises impliquées dans la fourniture de ces steaks et ils ont élargi leurs investigations aux autres clients de l'entreprise polonaise qui les a fabriqués.

Agnès Pannier-Runacher a annoncé vendredi que l'Etat allait saisir la justice: "On va transmettre au procureur et il est hors de question que ce type d'attitude se reproduise", a-t-elle prévenu sur RTL. "Les conclusions de l’enquête seront transmises à la justice une fois finalisées", assure la DGCCRF. Les faits, explique-t-elle, "sont susceptibles d’être qualifiés de tromperie en bande organisée, ce qui constitue un délit pénal", passible de sept ans de prison et 750 000 euros d'amende. La France a également saisi les autorités polonaises, mercredi, "pour prolonger l'enquête en Pologne", ajoute la DGCCRF.

De son côté, l'Interprofession Elevage et Viande (INTERBEV) a décidé de porter plainte contre X, a-t-elle indiqué dans un communiqué. Son président Dominique Langlois y demande une "sévérité exemplaire afin que de tels actes frauduleux ne puissent plus se reproduire en France".