Vers le premier procès pénal de l’amiante en France ?

La cour d'appel de Paris examine mercredi à huis clos les cas de huit mises en examen dans les dossiers de l'université de Paris-Jussieu et des chantiers navals de Dunkerque. Si elle les confirme, cela ouvrira la voie au premier procès pénal de l'amiante en France.

Une vingtaine de \"veuves de Dunkerque\" défilent, le 30 septembre 2006 à Paris, en tête d\'une manifestation de plusieurs milliers de personnes pour réclamer un grand \"procès pénal de l\'amiante\" et une meilleure indemnisation des victimes.
Une vingtaine de "veuves de Dunkerque" défilent, le 30 septembre 2006 à Paris, en tête d'une manifestation de plusieurs milliers de personnes pour réclamer un grand "procès pénal de l'amiante" et une meilleure indemnisation des victimes. (ERIC FEFERBERG / AFP)

L’étape judiciaire pourrait s’avérer capitale dans le dossier de l’amiante : la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris examine mercredi 7 juin, à huis clos, les cas de huit mises en examen dans les dossiers de l'université de Paris-Jussieu et des chantiers navals de Dunkerque, la Normed. Si elle confirme ces mises en examen, cela ouvrira la voie au premier procès pénal de l'amiante en France.

Vers le premier procès pénal de l’amiante en France ?
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Depuis 2004, en France, plus de 40 000 personnes sont mortes de cancers liés à une surexposition à l'amiante. Et si les plaintes ont été déposées il y a vingt ans, le procès, lui, n’a en effet jamais eu lieu.

La lenteur de la justice, seule coupable ?

Pierre Pluta est un ancien ouvrier de la Normed et, comme des milliers de travailleurs, il a été empoisonné en inhalant des fibres d'amiante. Depuis 20 ans, il se bat à la tête de l'Ardeva, l'association des victimes de l'amiante du Nord-Pas-de-Calais, pour que la justice établisse des responsabilités dans ce scandale sanitaire sans précédent : l'Institut national de veille sanitaire estime que l'amiante pourrait causer jusqu'à 100 000 morts d'ici 2050. Pour Pierre Pluta, il n'y a pas que la lenteur de la justice qui explique l'absence d'un procès pénal à ce jour. "Pourquoi des dizaines de milliers de morts, dix chaque jour en France et aucun responsable, aucun coupable ? Les hautes autorités en France ne veulent pas de ce procès de l’amiante", dénonce-t-il.

Face aux victimes, le puissant lobby des amianteurs

Les dangers de l'amiante étaient connus depuis plusieurs décennies, mais la France a été l'un des derniers pays à interdire son utilisation, le 1er janvier 1997. À l’époque, les industriels avaient mis en place un puissant lobby, le "comité permanent amiante", composé notamment de scientifiques et de fonctionnaires. "Nous avons eu face à nous une vraie entreprise de lobbying des amianteurs, incarnée par ce comité permanent de l’amiante, au centre du procès pénal, qui a consisté à désinformer, à bloquer toute initiative visant à traiter le problème scientifique qui était connu depuis 1975", explique Antoine Vey, l'un des avocats qui défend les victimes.

Ce sont quelques-uns des membres de ce comité qui demandent l'annulation de leurs mises en examen. Pendant l'audience à Paris, les veuves et les victimes de l'amiante défileront à Dunkerque pour exiger, une fois encore, un procès pénal.