Les victimes de l'amiante lancent une ultime procédure judiciaire : "Ça fait 25 ans qu'on attend"

L’Association nationale des victimes de l’amiante (AVA) a déposé une citation à comparaître, jeudi. L'enjeu : obliger la justice à enfin ouvrir un procès.

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Radio France
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Une manifestation nationale des victimes de l'amiante le 11 octobre 2019. Photo d'illustration. (MAXPPP)

L'affaire est un véritable serpent de mer, la première plainte date de 1996. Depuis, les décisions de non lieu se sont enchaînées, malgré la mise en place d'un fonds d'indemnisation. C'est donc le geste de la dernière chance pour les victimes de l'amiante. Elles se retrouvent jeudi 25 novembre pour déposer une citation à comparaître au tribunal judiciaire de Paris. Une nouvelle action judiciaire qui leur permet d'obliger la justice à ouvrir le procès qu'elles attendent depuis plus de 20 ans.

Les victimes se sont perdues dans un labyrinthe procédural, dénonce l'avocat Antoine Vey, qui àa repris le dossier pour l'Association nationale des victimes de l’amiante (AVA). Avec cette citation à comparaître, l'objectif est d'obtenir un procès. "La citation directe vise quatorze personnes qui ont été identifiées, contre lesquelles les victimes estiment qu'ils ont des preuves suffisantes. Ce n'est pas les seules, évidemment, qui ont permis à ce scandale sanitaire de prospérer. Mais ce sont quatorze personnes qui devront répondre de leurs actions à cette époque dans le cadre du Comité permanent amiante", explique-t-il. Ce comité, "occulte" et "subventionné par les industriels de l'amiante", selon Me Vey, est au cœur de la procédure entamée

Des dizaines de milliers de preuves récoltées

La citation vise les infractions suivantes : "homicides et blessures involontaires", "non-assistance à personne en péril", "complicité d'administration de substance nuisible", "complicité de tromperie aggravée" et "association de malfaiteurs". Ce sont les plaignants eux-mêmes qui ont dû collecter les preuves, beaucoup ont été détruites ou dissimulées. Mais ils en ont récolté des dizaines de milliers. Une nouvelle procédure qui redonne espoir à Pierre Pluta, président de l'AVA, lui-même ancien ouvrier à Dunkerque.

"Tant que les responsables de ce scandale sanitaire de l'amiante n'ont pas rendu de comptes à la justice, c'est un permis de tuer en toute impunité qui leur est délivré."

Pierre Pluta, président de l'Association des victimes de l'amiante

à franceinfo

"On y met de l'espoir, confie Pierre Pluta. On doit y mettre de l'espoir. Ça fait 25 ans qu'on attend cette procédure. Maintenant, c'est cette citation, on attend qu'il y ait un débat public. On en a besoin, bien entendu, pour nous, parce que les victimes nous l'ont demandé, pour les familles. Mais on en avait également besoin pour l'avenir. Il est temps que maintenant, cela cesse."

Sans procès dans les dix ans à venir, les responsables seront décédés, craignent les associations, alors que l'on parle, selon eux, de la pire catastrophe sanitaire du XXe siècle avec 3 000 décès par an, 50 000 en tout d'ici 2025.

Les victimes de l'amiante lancent une ultime procédure judiciaire - Reportage de Gaëlle Joly
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