Prothèses mammaires : "Vous payez pour qu'on vous mette de la mort dans le corps", témoigne une plaignante

Les prothèses de Laëtitia ont crevé à la suite d'un choc et le silicone s'est répandu dans son corps. "Un petit carnage", décrit-elle, qui lui a valu un cancer rare et déjà deux ans de chimiothérapie.

Alors que l\'Agence de sécurité du médicament lance une concertation publique jeudi 7 février sur la possible dangerosité de certaines prothèses mammaires, des femmes malades déjà opérées ont saisi la justice. Photo d\'illustration. 
Alors que l'Agence de sécurité du médicament lance une concertation publique jeudi 7 février sur la possible dangerosité de certaines prothèses mammaires, des femmes malades déjà opérées ont saisi la justice. Photo d'illustration.  (SIMON DAVAL / MAXPPP)

Plusieurs femmes porteuses d'implants mammaires texturés fabriqués par le laboratoire Allergan ont saisi la justice mercredi 6 février et deux plaintes ont été déposées, révèlent la cellule investigation de Radio France et le journal Le Monde jeudi. "Vous payez pour qu'on vous mette de la mort dans le corps", témoigne l'une de ces femmes sur franceinfo. Laëtitia a porté plainte pour "blessures involontaires" et "tromperie aggravée" au pôle santé du tribunal de grande instance de Marseille.

En 2007, cette habitante du Vaucluse, dynamique et sportive, avait une vie bien remplie : un travail de maître d'hôtel qui la passionne, un petit ami avec qui elle projette d'avoir un enfant. La seule ombre au tableau est cette absence de poitrine qui la complexe. Pour ses 30 ans, Laetitia s'offre donc une paire de seins. "Je voulais que ça fasse naturel, je ne voulais pas ressembler à une bimbo." Son chirurgien opte pour des prothèses anatomiques texturées, de marque Allergan. Laetitia est satisfaite du résultat, elle en oublie presque les boules faites de silicone dans son corps. Jusqu'en 2016, lorsqu'au travail, la maître d'hôtel reçoit une lourde caisse sur la poitrine. S'en suivent des semaines de douleurs, de gênes, de tiraillements et de nuits sans sommeil. L'IRM pratiquée est sans appel : la prothèse gauche a éclaté. Et le silicone n'est pas resté dans la capsule qui s'est formée autour de l'implant. Il s'est répandu dans son corps.

Il y en avait un peu partout. C'était descendu au niveau de la quatrième et de la cinquième côte. C'était collé aux alentours des ganglions axillaires, mammaires, de la plèvre pulmonaire. C'était un petit carnage.Laëtitia, une victimeà franceinfo

Les professionnels qu'elle a consultés lui ont répondu : "Ne vous inquiétez pas madame, il y a beaucoup de femmes qui vivent avec des morceaux de silicone dans l'organisme, ça ne porte pas préjudice à l'organisme, on peut vivre avec sans aucun problème". "Malheureusement ça n'a pas été le cas", ajoute-t-elle. Laetitia développe une nécrose. "Ce n'est pas un trou mais un cratère que j'avais dans la poitrine, selon les chirurgiens".  La jeune femme passe deux fois sur le billard. Elle abandonne le Doliprane pour l'opium et la morphine. Et son calvaire ne s'arrête pas là. 

Laëtitia, passe ces deux dernières années à enchaîner les séances de chimiothérapie car elle a appris qu'elle avait développé un lymphome à grande cellule, un cancer très rare qui ne touche que les porteuses d'implants mammaires. Trois femmes sont mortes en France de ce lymphome. 

"On paie, parce que c'est quelque chose qu'on s'offre, donc on donne de l'argent à des spécialistes pour nous rendre plus belles, 'tout va bien se passer', et non, ça ne se passe pas bien. On vous met de la mort dans le corps. Vous payez pour qu'on vous mette de la mort dans le corps", s'énerve-t-elle.

J'ai été obligée de faire une demande d'adulte handicapée parce que je ne peux plus faire mon travail, je ne peux plus faire d'enfants, j'ai pris des produits de plus en plus forts qui m'ont rendue stérile, je suis déjà ménopausée.Laëtitia

Sur la voie de la guérison, Laetitia a pris conscience de l'ampleur du scandale. "On continue à poser ces prothèses alors que le nombre de cancers augmente d'années en années. Ca ruine des vies, ça ruine des santé, mais ils continuent d'en implanter." Laetitia dénonce un business à tout prix. "On nous considère comme des billets sur pattes, ironise-t-elle. Et comme nous ne sommes pas nombreuses à tomber malade par rapport au nombre de paires d'implants posés, nous sommes considérées comme du dommage collatéral."

Combat judiciaire

Laetitia vit seule aujourd'hui. Elle sait que le combat judicaire qui s'annonce sera long et sans doute douloureux. Les prothèses texturées sont au centre d'une concertation publique organisée jeudi 7 et vendredi 8 février 2019 par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Des dizaines de femmes, de chirurgiens, d'experts, mais aussi d'industriels viendront donner leur point de vue sur la possible dangerosité de ces prothèses texturées, très utilisées en France - elles représentent 85% du marché.

Depuis novembre, l'ANSM recommande aux chirurgiens de ne plus les poser, dans le doute. Une recommandation qui n'est pas contraignante et qui n'a d'ailleurs pas été suivie par de nombreux chirurgiens que nous avons rencontrés. En décembre, l'organisme certificateur GMed n'a pas renouvelé le marquage CE des deux modèles texturés de la marque Allergan. Ils ne peuvent plus être commercialisés et implantés dans l'Union européenne