Indemnisations pour le Mediator : "Servier a tout intérêt à apparaître un petit peu plus propre avant le procès", selon Irène Frachon

La pneumologue qui a revélé le scandale du Mediator a réagi aux indemnisations versées par le laboratoire Servier à plus de 3 000 victimes du médicament.

Irène Frachon, lors du premier procès pénal dans l\'affaire du Mediator, en 2012.
Irène Frachon, lors du premier procès pénal dans l'affaire du Mediator, en 2012. (THOMAS PADILLA / MAXPPP)

114,7 millions d'euros ont été versés par le laboratoire Servier à plus de 3 000 victimes du Médiator, d’après le dernier bilan actualisé du processus d'indemnisation des malades, dix ans après l'interdiction de ce médicament antidiabétiques aux effets secondaires très graves, comme des problèmes cardiaques. "Un montant impressionnant, très rare en France, mais à la mesure du scandale", a réagi ce mercredi 10 avril sur franceinfo Irène Frachon, la pneumologue qui a révélé le scandale à l'époque.

franceinfo : Le montant des indemnisations est-il important ?

Irène Frachon : C’est le fruit de maintenant sept années de combat pour ces victimes. Ce sont des années d’instruction de milliers et de milliers de dossiers. Donc ce chiffre, relativement élevé, traduit d’abord l’ampleur de la catastrophe puisque ça représente plus de 3 600 victimes. C’est une bonne chose parce que, notamment les victimes les plus sévèrement atteintes, celles qui ont subi des opérations à cœur ouvert, obtiennent aujourd’hui des indemnisations qui sont correctes, qui sont décentes, qui permettent réellement de les mettre à l’abri de certains drames matériels dans lesquels elles étaient plongées.

A quoi correspondent ces sommes individuellement ?

Pour quelques centaines de victimes, on parle de quelques centaines de milliers d’euros, ça peut aller de 100 000 jusqu’à 1 million d’euros. Cela concerne en fait des gens qui ont eu des opérations à cœur ouvert et qui en ont des conséquences majeures, c’est-à-dire qui sont en invalidité, qui ont des séquelles cardiaques telles que ces personnes ne peuvent plus travailler. Mais elles ne peuvent plus non plus s’occuper d’elles-mêmes souvent toutes seules. Elles ont perdu toutes ressources. Ce sont des vies brisées et ces sommes-là leur permettent, pour certaines, d’être logées un petit peu mieux avec des logements plus accessibles et d’avoir des aides à domicile pour faire ce qu’elles ne peuvent plus faire. Et ce sont des sommes capitalisées, c’est-à-dire que cet argent-là va leur servir pour les années à venir. Les sommes peuvent paraître parfois importantes mais elles couvrent des besoins réels et importants.

Le calendrier des versements paraît surprenant alors que le procès Servier s’ouvrira en septembre ?

Il y a deux choses à dire sur le timing. D’abord ça a été très long. Ce processus d’indemnisation a été mis en place à partir de 2011. Il a été effectif à partir de début 2012. Ce qui est vrai, c’est que les sommes proposées sont plus importantes parce que les dossiers très lourds ont été traités ces dernières années. La deuxième chose, on s’est aperçu depuis un an ou deux que Servier paye plus vite. C’est très évidemment lié au procès pénal. Servier a tout intérêt à "solder" les comptes avant le procès pénal pour apparaître un petit peu plus propre. Mais dans les faits, Servier continue à contester les demandes indemnitaires. Et Servier n’a pas le choix que de payer sinon c’est l’État qui paye et qui se retourne contre Servier. Donc ce processus assure une certaine garantie pour les victimes.