"Ça m'a permis de gérer ma dépendance" : des victimes du Mediator raconte pourquoi elles ont choisi l'indemnisation plutôt que le procès

Les laboratoires Servier ont annoncé avoir versé des indemnisations à envirion 3 000 malades du Mediator. 

Une plaquette du Mediator. 
Une plaquette du Mediator.  (FRED TANNEAU / AFP)

Depuis les premières indemnisations en 2012, les laboratoires Servier ont versé près de 115 millions d'euros à 3 000 malades du Mediator. 600 autres patients ont reçu une offre et sont actuellement en train de l'étudier. En échange de cette somme qui va de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d'euros, les plaignants s'engagent à renoncer à leur action pénale, alors qu'un procès pénal s'ouvrira le 23 septembre prochain devant le tribunal de grande instance de Paris. 

"Ils se sont bien moqués de nous" 

À 68 ans, Cécile n'a pas la force d'aller jusqu'au procès mais elle veut continuer à se battre. Cette habitante du Finistère a été indemnisée par les laboratoires Servier en 2013. Une somme ridicule selon elle par rapport à son état de santé. "Mon cas s'est aggravé. J'en suis à mon troisième pacemaker, et j'en possède en ce moment deux, un à droite l'autre à gauche, raconte-t-elle. La marche c'est difficile, je suis essoufflée facilement même des fois en parlant au téléphone". 

Cécile a donc décidé de déposer un dossier pour revoir son indemnisation. "Ce n'est pas pour avoir une indemnité supplémentaire, mais c'est pour montrer que ça s'aggrave, et qu'il arrivera un moment où on ne sait pas jusqu'où ça ira", poursuit-elle.  Cette victime du Mediator accuse le laboratoire d'avoir "fait son beurre. Ils n'en avaient rien à faire de nous. Ils se sont bien moqués de nous", conclut Cécile.  

Des délais jugés trop long 

Dominique Poisseneau habite en Haute-Savoie. A 68 ans, elle a de gros problèmes cardiaques à cause du Mediator. Elle a refusé l'offre d'indemnisation du laboratoire Servier, jugée trop faible, et s'est tournée vers l'Office national d'indemnisation d'accidents médicaux qui l'a indemnisé sept fois plus. Elle non plus n'ira pas au tribunal : "À partir du moment où vous aviez le procès on ne touchait plus rien. Et le procès, ça fait combien d'années que ça dure ?, s'interroge-t-elle. Je ne vous dis pas dans quel état je suis, on parle de me mettre une pile maintenant...", déplore Dominique. 

Les laboratoires Servier vont faire appel, ce qui les intéresse c'est de faire traîner. Puis ils iront en cassation et tout le monde sera mort, voilà pourquoi j'étais bien contente d'être indemnisée, ça m'a permis de gérer ma dépendance.Dominiqueà franceinfo

Pour Dominique, l'indemnisation "ce n'est pas une consolation". L'essentiel, selon elle, "c'est d'être reconnue victime. Ça, ça été important". Cette victime du Mediator estime aussi que les laboratoires Servier se "sont fichus des gens. Moi j'avais calculé, mais les pauvres gens qui ne savaient pas, ils leur ont donné des misères. Il y en a qui ont eu 10 000 ou 20 000 euros, c'est une honte". 
Le procès au pénal s'ouvrira le 23 septembre prochain devant le tribunal de grande instance de Paris.

Mediator : paroles de victimes - Reportage de Farida Nouar
--'--
--'--