Santé : l'invention de maladies, un marché juteux ?

a revoir

Présenté parDavid Pujadas

Diffusé le 15/05/2013Durée : 00h40

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David Pujadas : Merci, Claude Hagège, d'avoir exposé ici votre point de vue. Le dossier de cette édition sur les maladies mentales imaginaires. Votre enfant pique souvent des colères. C'est une maladie. Vous-même, avez des envies soudaines de bonbons. C'est sans doute une pathologie. Les laboratoires pharmaceutiques sont soupçonnés de "créer", de nouveaux maux pour vendre toujours plus de traitements.

Le DSM est la bible des psychiatres Tous les 20 ans, des centaines de troubles mentaux y sont répertoriés, avec les médicaments pour les soigner. La nouvelle édition compte plus de 430 maladies, contre 60 pour le premier DSM en 1952, soit 370 maladies de plus. Exemple de nouveau trouble : la dermatillomanie. Cette maladie consiste a se frotter la peau jusqu'à l'irritation. Sonia Comte en souffre depuis 25 ans.

Ça laisse des cicatrices.

Cette patiente est soulagés de voir ses symptômes écrits.

Ce qui est bien quand ça entre dans le DSM, c'est que les personnes se sentent reconnues, moi en l’occurrence, comme ayant une maladie et que d'autres puissent comprendre.

Sonia n'est pas soignée mais sa pathologie existe officiellement. Toutes les maladies répertoriées sont-elles des vraies maladies ? Les grands laboratoires ne voudraient-ils pas créer des maladies imaginaires.

Parmi les maladies recensées, des symptômes classiques comme la gourmandise. S'il vous arrive de manger en dehors des repas en grande quantité, au moins une fois par semaine, vous souffrez peut-être d'hyperphagie incontrôlée. Si votre enfant fait plus de 3 colères par semaine, il souffre peut-être d'un syndrôme d'humeur explosive.

Derrière ces syndrômes, des perspectives de traitement. Plusieurs psychiatres français le dénoncent.

Les labos ont poussé à des nouveaux diagnostics car ils avaient des médicaments qui pouvaient les cibler. Avec ce nouveau DSM, on ne pourra plus être normalement angoissé, normalement un peu déprime.

Aux États-Unis, les opposants ont décortiqué la logique, avec le trouble hyperactif. Le DSM a rallongé la liste des symptômes, ce qui a crée plus de patients et plus de médicaments vendus. Le marché pesait 50 millions de dollars en 94, contre 7 milliards en 2010. Ce père pense avoir été victime de ces dérives. Il a récemment été classé "borderline", trouble répertorie avec 9 symptômes précis comme le sentiment d'abandon. Il a pris des antidépresseurs pendant 4 ans, et s'est senti encore plus mal.

Tout devient explique par cette maladie, les relations avec votre amie, vos collègues, votre famille. Vous êtes enfermé par le diagnostic.

Le surdiagnostic peut parfois être dangereux.

Le sujet se conforme à ce qu'il devrait être. Sa peur de l'abandon, son stress vont augmenter.

La bible, critiquée, reste la référence pour ses défenseurs, le seul moyen de mesurer les avancées de la science.

Ça permet d'avoir un langage commun pour les psychiatres. Avant, il n'y avait pas de définition des troubles mentaux. Chaque psychiatre comprenait a sa manière les diagnostics. Et le public peut aussi accéder à ces définitions, car le DSM est sur Internet.

Il faut trouver le mode d'emploi pour ne pas prendre ce dictionnaire au pied de la lettre.

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