Roland-Garros 2021 : pourquoi Rafael Nadal est aussi injouable sur terre battue

L'Espagnol, qui affronte Richard Gasquet au 2e tour jeudi soir, est une nouvelle fois le grand favori à sa propre succession. Mais qu'est-ce qui le rend si difficile à battre sur cette surface ?

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Rafael Nadal s'est imposé face à Reilly Opelka en demi-finale du Masters 1000 de Rome. (ANDREAS SOLARO / AFP)

Comme tous les ans, Rafael Nadal fête son anniversaire à Paris, jeudi 3 juin. À 35 ans, le plus grand champion de Roland-Garros, où il a désormais sa statue, va tenter de remporter cette année son 14e titre sur la terre battue de la porte d'Auteuil. Alors que le Majorquin affronte Richard Gasquet jeudi soir pour une place au 3e tour, franceinfo: sport tente de comprendre, grâce à l'analyse de plusieurs experts, ce qui le rend, encore et toujours, si invincible sur cette surface.

Conditionné pour régner sur terre

Les semelles des baskets de Rafael Nadal sont de couleur brique depuis son plus jeune âge. Sur son île natale de Majorque, comme dans de nombreuses places fortes du tennis ibérique, on ne jure que par la terre battue. Ce n'est d'ailleurs pas anodin si, à 14 ans, son oncle et entraîneur, Toni Nadal, s'était opposé à son départ vers Barcelone où la fédération espagnole souhaitait le voir grandir. Aujourd'hui, Nadal revient fréquemment à la maison, à Manacor. Là, il peut s'entraîner dans son académie avec sept courts de terre battue à disposition quand il le souhaite. Le cadre idéal pour préparer sa saison.  

 L'avis de notre consultant Stéphane Houdet, ancien n°1 mondial de tennis en fauteuil roulant et vainqueur de Roland-Garros à deux reprises :

“Sur terre battue, Rafa se sent chez lui. Evoluer sur terre battue, c'est un univers sur lequel il se fait confiance, bien plus que sur les autres surfaces. Tout ce que l'on apprend quand on est jeune devient un automatisme parfait.”

Stéphane Houdet

à franceinfo: sport

Un physique et une technique hors du commun

Malgré les blessures et le temps qui passe, Rafael Nadal reste un des joueurs les plus endurants du tennis mondial. Si sa domination sans partage lui a régulièrement évité les matchs à rallonge, il encaisse volontiers les efforts qui font appel à son jeu de défense impeccable. Le joueur ibérique n'hésite pas à balayer le fond du court, enchaînant les courses de part et d'autre du terrain, sans faiblir. Une prouesse physique hallucinante sur une surface aussi contraignante que la terre battue, et ce depuis plus de quinze ans. "Je savoure car je sais que la fin de carrière est plus proche que le début", disait Nadal il y a trois ans, avant l'édition 2018 porte d'Auteuil. Cela ne l'a pas empêché, depuis, d'ajouter trois nouvelles coupes des Mousquetaires à son palmarès.

L'avis de Novak Djokovic, qui a affronté Rafael Nadal à 57 reprises depuis 2006 :

"Tu dois avoir une concentration maximale sur chaque point parce que, de l'autre côté du filet, tu as un joueur qui ne te lâchera sur aucune balle. Il se fiche du résultat, il veut simplement donner le maximum et le meilleur de lui‐même sur chaque point. C'est pour ça qu'il est unique, c'est pour ça qu'il est le meilleur. Donc, tu dois être au top physiquement et réactif dès le premier point du match, car des rallyes et des points marathons t'attendent."

Novak Djokovic

en conférence de presse après le tournoi de Rome, le 27 avril 2009

Explosivité, souplesse, coordination : le cocktail rêvé sur terre

Rafael Nadal n'a pas seulement développé un arsenal technique idéal pour l'ocre. L'Espagnol fait incontestablement partie des joueurs les plus explosifs de l'histoire de son sport, notamment sur la terre battue, si éprouvante pour l'organisme. Toujours en cadence, à défaut d'être le plus spectaculaire visuellement, l'actuel n°3 mondial est un modèle de maîtrise de son corps, en particulier sur chacune de ses prises d'appuis. Quitte à ne pas se ménager, notamment au niveau musculaire.

• L'avis de Stéphane Houdet :

“Celui qui glisse sur terre, il a déjà perdu, il n'a plus ses appuis. Djokovic, quand il est en forme, a un mélange de souplesse et de force. Thiem et Tsitsipas s'en rapprochent. Le temps de réaction de Thiem, par exemple, est incroyable. Nadal, c'est un tout. Il est toujours là, dans l'instant. Et il a eu différents profils musculaires, il a été plus large qu'il ne l'est aujourd'hui pour arriver à ce qui est pour lui le meilleur équilibre.”

Stéphane Houdet

à franceinfo: sport

Prendre son temps pour mieux en gagner

Plus encore que sur n'importe quelle autre surface, Rafael Nadal est un poison pour tout joueur au service moyen ou défaillant. Défenseur hors-pair depuis ses premiers pas professionnels, l'homme aux 20 titres du Grand Chelem a petit à petit fait évoluer son registre. En retour, l'Espagnol se place ces dernières années quasi systématiquement loin de la ligne de fond de court. Plutôt que l'agression immédiate, cette option lui laisse davantage de temps – en particulier sur la terre battue, une surface plus lente – pour trouver le meilleur angle d'attaque contre ses adversaires, et plus d'angles pour déployer ses coups. Dès son retour effectué, Nadal peut ainsi prendre le jeu à son compte en rentrant dans le court à sa guise. Pas étonnant ainsi de le retrouver dans tous les tops 10 historiques de l'ère Open en retour : pourcentage de points remportés sur la première balle adverse (8e) et deuxième balle adverse (3e), pourcentage de jeux remportés (2e) ou encore pourcentage de breaks convertis (10e).

• L'avis de Thierry Ascione, entraîneur de Ugo Humbert, Jo-Wilfried Tsonga, Lucas Pouille et Grégoire Barrere, et un des rares joueurs français à avoir battu Rafael Nadal :

"Daniil Medvedev lui a piqué ça, de jouer loin derrière sa ligne, de casser le jeu. Cela empêche l'adversaire de pouvoir enchaîner après son service. Et cela lui donne le temps de réfléchir. Rafa fait évoluer le tennis en permanence."

Thierry Ascione

à franceinfo: sport

Le coup droit lasso, imparable signature

Prendre son temps est une chose, le perdre en est une autre. Pourquoi s'évertuer à faire durer l'échange quand on a dans son arsenal le moyen d'écourter les débats ? Depuis son arrivée sur le circuit, Rafael Nadal a fait plier tous ses adversaires sur terre avec un coup parmi les plus uniques de l'histoire, le coup droit lasso. Le secret ? Une posture spécifique du corps (tête de raquette vers le bas puis un fouetté du poignet) pour créer un effet de rotation à la balle, le spin, comme aucun autre joueur de circuit n'en est capable. Quelque 3 600 tours minutes en moyenne, jusqu'à 5 500 sur ses frappes les plus puissantes : Nadal développe des chiffres dignes d'un moteur automobile. Une machine très bien huilée, puisque sur terre, le rebond génère davantage de hauteur et complique un peu plus la tâche de ses adversaires.

• L'avis de Toni Nadal, oncle et ex-entraîneur de Rafael Nadal : 

“Son coup droit passe bien au-dessus du filet, mais lorsque la balle rebondit, elle garde sa vitesse, elle accélère. Sur terre battue, il a vu que ses coups droits en hauteur avec rotations extrêmes mettaient les adversaires dans une position difficile, car chaque fois qu'il pouvait frapper la balle deux ou trois fois plus haut que le revers de ses adversaires, il les poussait à la frapper à hauteur d'épaule. Ensuite, il était facile pour lui d'obtenir une balle courte et de frapper de l'autre côté.”

Toni Nadal

à Eurosport, le 22 mai 2020

Une motivation et une détermination absolues

"Vous devez toujours avoir à l'esprit que vous pouvez perdre. Le jour où je ne serai plus inquiet à propos de ma forme ou de mon tennis, ce jour sera celui où je ne gagnerai plus." Plus que la soif de vaincre, Rafael Nadal l'avoue lui-même : il tire sa force de son inépuisable rage de vaincre. Année après année, malgré les trophées à la pelle, les honneurs et les louanges, jamais le Majorquin ne semble las de s'imposer sur le court Philippe-Chatrier. Il faut voir son émotion palpable après chaque sacre pour se convaincre que non, même dans son antre, le maître des lieux ne considère rien comme acquis.

"Pour certains, notamment en France, le parcours-modèle est lié à la victoire. Rafa, lui, s'inscrit dans l'Histoire, insiste notre consultant Stéphane Houdet. C'est sa force : il n'est pas en train de se dire 'ça fait 11, 12, 13, 14, 15...' Il joue toujours sa première balle, son premier match comme si c'était son premier tournoi en benjamins." C'est ce qui le rend toujours aussi dominant en 2021, et pour encore possiblement quelque temps.

 L'avis de Thierry Ascione :

"C'est ce qui rend Nadal spécial, tout court, peu importe la surface. C'est incroyable de faire ce qu'il fait par exemple à Barcelone [victorieux de Stefanos Tsitsipas en finale le 19 avril] après avoir gagné onze fois ce tournoi. L'énergie qu'il met est dingue : il gagne et il va s'entraîner derrière. Il n'a pas le même moteur. Quand on voit à quel point Dominic Thiem a mis du temps à digérer son premier titre du Grand Chelem, à quel point Zverev ou Tsitsipas se tendent dès qu'ils s'en rapprochent, c'est monstrueux ce qu'a fait Rafa."

Thierry Ascione

à franceinfo: sport

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