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Yémen : faible contamination officielle mais chiffres biaisés, le pays n'est pas prêt à affronter le coronavirus

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Le Yémen a annoncé ses deux premiers décès dus au nouveau coronavirus. Des ONG craignent l'impact de la pandémie sur la population de ce pays pauvre ravagé par la guerre.

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Radio France
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Un hôpital de la ville d'Aden, épicentre de la pandémie de coronavirus au Yémen, le 30 avril 2020. (SALEH AL-OBEIDI / AFP)

On redoutait les conséquences d'une possible flambée épidémique au Yémen compte tenu de l'état sanitaire du pays, l'épidémie de coronavirus est désormais là. Le ministre de la Santé a annoncé mercredi 29 avril les deux premiers décès dus au Covid-19 et six personnes contaminées en tout dans le pays. Pour une population de 29 millions d'âmes, ce sont des chiffres très modestes mais ils sont l'arbre qui cache la forêt : il y a très certainement bien d'autres malades et probablement d'autres victimes. C'est là le problème principal du Yémen : le système de santé y est tellement dégradé que même poser un diagnostic ou estimer le niveau de la contamination se révèle une gageure.

Un pays en guerre depuis 2015

Au Yémen, 80% de la population ne compte que sur l'aide humanitaire internationale pour vivre, voire survivre. La malnutrition touche au moins 10 millions de personnes. Pour couronner le tout une autre épidémie, de choléra, ravage le pays depuis le mois de janvier : au moins 110 000 personnes ont été contaminées. Dans ce contexte l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a réussi à monter sur place, à la va-vite, une trentaine d'équipes médicales chargées de dépister le Covid-19. L'OMS est également en charge de l'achat de masques, de respirateurs, personne d'autre dans le pays ne semble en mesure de s'en charger.

Cessez-le-feu non respecté

La coalition emmenée par l'Arabie saoudite, qui au Yémen affronte les rebelles houthis soutenus par l'Iran, avait annoncé un arrêt unilatéral des combats le 9 avril, ostensiblement pour lutter contre la pandémie. Même si l'Arabie saoudite cherche surtout, depuis des semaines, une porte de sortie honorable à ce conflit qu'elle a déclenché et dans lequel elle s'est embourbée. Sauf que les Houthis n'ont pas véritablement suivi ce cessez-le-feu, en poursuivant leurs offensives. Quant aux Saoudiens, ils ne l'ont pas non plus respecté. Leurs bombardements aériens ont ainsi augmenté de 30% la semaine dernière, selon le site Yemen Data Project, qui surveille l'activité militaire dans le pays.

Pire sans doute, un second front semble sur le point de se dessiner, avec les séparatistes du Sud. Mardi 28 avril, ils ont pris le contrôle théorique des institutions dans la ville d'Aden, la principale agglomération dans le sud du pays. Opposés aux Houthis, ils menacent maintenant de s'en prendre aussi militairement à leurs anciens alliés de la coalition saoudienne.

Aden dans la tourmente

Aden concentre d'ailleurs la plupart des problèmes : la ville et sa région sont déjà à l'épicentre de l'épidémie de choléra. Quant au Covid-19, c'est bien à Aden que les cinq cas récents et surtout les deux décès ont été enregistrés. C'est probablement à Aden que l'épidémie risque de faire le plus de dégâts. D'autant que l'OMS vient d'annoncer qu'elle risque de devoir suspendre jusqu'à 80% de ses programmes d'assistance d'ici la fin de la semaine. La raison ? Les États-Unis. Ils ont arrêté le mois dernier toute aide humanitaire au Yémen, puis quelques jours plus tard, ils ont annoncé la suspension de tout financement à l'OMS. Résultat : la première, et pour tout dire la seule, ligne de défense contre la maladie est tout simplement en train de disparaître au Yémen.

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