Xiomara Castro présidente du Honduras, une première dans un pays ravagé par la violence et la pauvreté

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Xiomara Castro est investie présidente de ce petit pays d'Amérique Centrale, jeudi. Et les défis sont colossaux.  

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Radio France
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La présidente élue du Honduras, Xiomara Castro prononce un discours à Tegucigalpa, le 30 décembre 2021. (JOHNY MAGALLANES / AFP)

Presque toujours coiffée d’un chapeau blanc style western, Xiomara Castro est un sacré personnage. Cette femme de 62 ans est à la tête du Honduras alors que rien ne la prédestinait à entrer en politique dans ce pays de 10 millions d’habitants, au cœur de l’Amérique Centrale, entre Guatemala et Nicaragua.

Cette mère de quatre enfants a d’abord consacré la plus grande partie de sa vie à administrer les fermes de bétail et les exploitations forestières de son mari. Mais son mari justement, Manuel Zelaya, marqué à gauche, est renversé par un coup d’État en 2009, alors qu’il était lui-même devenu président du Honduras. Xiomara Castro décide alors de prendre la relève de son mari. En novembre 2021, elle remporte haut la main la présidentielle.

Un exploit pour une femme, dans un pays très conservateur et machiste. Depuis 200 ans, le Honduras a toujours été dirigé par des hommes. L’investiture de Xiomara Castro s’annonce d’ailleurs spectaculaire ce 27 janvier, à la mi-journée au Honduras, donc en début de soirée à Paris. Ça se passe dans le grand stade national de la capitale, Tegucigalpa, en présence notamment de la vice-présidente des États-Unis Kamala Harris.  

Qualifiée de "communiste" par la droite

La nouvelle présidente revendique un programme de gauche assez audacieux . Elle l’a emporté après avoir réussi à constituer un front de tous les partis de gauche et de centre gauche. Ce qui lui a valu d’être qualifiée de "communiste" par la droite pendant la campagne. Elle préfère parler de "socialisme démocratique". Elle annonce la couleur. Elle veut donner la priorité aux plus déshérités : 70% de la population du Honduras vit sous le seuil de pauvreté.

Xiomara Castro assume aussi des positions audacieuses sur les questions de société, en particulier dans cette partie du monde. Elle entend légaliser l’avortement thérapeutique et le mariage homosexuel. C'est un double tabou dans un pays où les églises, catholique d’un côté, évangéliques de l’autre, possèdent une influence considérable. Elle dit aussi vouloir lutter contre la corruption (le pays est l’un des plus corrompus au monde, 157e dans le classement de l’ONG Transparency International). Elle veut abroger les lois sur l’impunité qui permettent de dissimuler toutes les informations sur les achats de l’Etat.    

Le règne de la corruption et de la violence

La tâche est immense, le Honduras est vraiment un pays en grande difficulté. Outre la pauvreté et la corruption, il faut compter avec le trafic de drogue contrôlé par les gangs, les tristement célèbres maras. Le frère de l’ancien président de droite a lui-même été condamné à la prison à perpétuité aux Etats-Unis pour trafic de cocaïne.

Le corollaire, c’est la violence endémique avec l’un des taux d’homicide les plus élevés au monde. Conséquence : les Honduriens cherchent à fuir. C’est le principal pays d’origine des convois de migrants qui se forment régulièrement en Amérique Centrale en direction des États-Unis. Cela fait beaucoup de défis à relever. Les soucis commencent déjà puisque deux des partis de la coalition de Xiomara Castro se disputent la présidence du Parlement. Ils ont chacun fait élire un président différent à la tête de l’Assemblée. Il y a même eu des bagarres dans l’enceinte du Parlement. La femme au chapeau blanc a du pain sur la planche.  

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