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Une inquiétante centrale nucléaire flottante dans l'Arctique russe

C'est une première mondiale: dans l’extrême nord de la Russie, une centrale nucléaire flottante s’apprête à faire un très long voyage. Les associations écologistes sont inquiètes.

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 L\'Akademik Lomonosov dans le port de Mourmansk le 12 avril 2019.
 L'Akademik Lomonosov dans le port de Mourmansk le 12 avril 2019. (LEV FEDOSEYEV / TASS)
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C’est un bâtiment de 144 mètres de long et de 30 mètres de large avec 69 personnes à bord. Vu de l’extérieur, ça ressemble à une grosse usine couleur brique avec des bandes jaunes, le tout posé sur une énorme barge noire. C’est une centrale nucléaire flottante, baptisée Akademik Lomonosov, et c'est une première mondiale. Elle est amarrée dans le port de Mourmansk, c’est à l’extrême nord-ouest de la Russie, près de la frontière avec la Finlande. Et elle va bientôt quitter Mourmansk pour être convoyée à l’autre bout de la Russie, tout à l’est en Sibérie, pas très loin du détroit de Bering et de l’Alaska. Plus de 5 000 kilomètres en mer, derrière des remorqueurs. Pourquoi maintenant ? Parce que l’été commence, c’est donc le dégel en mer Arctique : la voie est libre. Depuis six mois, la centrale qui possède deux réacteurs a progressivement été testée dans le port de Mourmansk, jusqu’à 100% de ses capacités fin mars. Les travaux, qui avaient débuté il y a dix ans, sont donc presque achevés. Selon Rosatom, l’agence fédérale russe de l’énergie atomique, tout est prêt.

Le souvenir de Tchernobyl

Mais vu le précédent de Tchernobyl, ce transfert à haut risque n’est pas très rassurant. Les associations écologistes, Greenpeace en tête, parlent d’un "Tchernobyl sur glace". Et forcément, on se demande si tout a été prévu, pour éviter les infiltrations d’eau de mer dans les cuves des réacteurs, pour faire à des phénomènes climatiques extrêmes tout à fait possibles, de la houle, des tempêtes. On se souvient de la conséquence du tsunami à Fukushima. Il y a aussi une Interrogation sur la capacité russe à opérer rapidement un isolement complet de la structure en cas d’accident. Ce long transfert en mer inquiète. Et l’installation définitive inquiète aussi. Ce sera dans le petit port sibérien de Pevek, 5 000 habitants. La connexion au réseau électrique est prévue en décembre prochain. Les côtes américaines et canadiennes sont assez proches. En cas d’irradiation, que peut-il se passer via les courants marins ? La question est posée.  

La course à l'exploitation du sous-sol minier de l'Arctique

La Russie a des arrière-pensées avec ce projet. D’abord, pourquoi installer dans une bourgade de 5 000 habitants une centrale qui peut alimenter en électricité une ville de 150 000 habitants ? Parce que la Russie vise en fait un essor très rapide de Pevek, pour exploiter le sous-sol de la région, en particulier l’or et le cuivre. Les réserves sont estimées en milliers de tonnes pour l’or, et millions de tonnes pour la cuivre. C’est la fameuse course à l’exploitation du sous-sol de l’Arctique, rendue possible par le réchauffement climatique. Ensuite, la Russie espère vendre à l’étranger cette technologie du nucléaire flottant. Rosatom affirme voir déjà des contacts au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du sud-est. L’Indonésie et les Philippines, en particulier, seraient intéressées.    

 L\'Akademik Lomonosov dans le port de Mourmansk le 12 avril 2019.
 L'Akademik Lomonosov dans le port de Mourmansk le 12 avril 2019. (LEV FEDOSEYEV / TASS)