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Pérou : que faire de la dépouille de l'ancien guérillero Abimael Guzman ?

L'ancien chef sanguinaire du groupe maoïste "Sentier lumineux" Abimael Guzman vient de mourir en prison. 

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Manifestation dans les rues de Lima samedi 11 septembre après la mort de Guzman pour commémorer les victimes du terrorisme. 
Manifestation dans les rues de Lima samedi 11 septembre après la mort de Guzman pour commémorer les victimes du terrorisme.  (ERNESTO BENAVIDES / AFP)

Le Pérou s'interroge sur le sort à réserver au corps de l'ancien guérillero Abimael Guzman décédé en détention. C’est un dilemme qui rappelle un peu celui autour de la dépouille de Ben Laden. Il y a 10 ans, les Américains, après l’avoir retrouvé et tué au Pakistan, avaient choisi de jeter le corps en mer d’Arabie, pour éviter de créer un lieu de "pèlerinage" pour les jihadistes. C’est à peu près la même question qui agite le Pérou depuis 48h. Samedi 11 septembre, toutes les radios et toutes les télévisions péruviennes, comme la chaine RPP, ont interrompu leurs programmes pour des éditions spéciales après l’annonce de la mort de Guzman, à 86 ans, officiellement décédé d'une pneumonie en prison, où il était incarcéré depuis près de 30 ans.

Les dernières images montrent un homme fatigué, lunettes noires sur le visage, barbe mal taillée. Dans ce pays de 32 millions d’habitants, grand comme 2 fois la France, Guzman incarnait les années sanglantes, entre 1980 et 2000. Au total, 70 000 personnes sont mortes ou disparues, en lien avec ce conflit initié par le Sentier Lumineux, ce groupe maoïste dirigé par Guzman. Ancien professeur de philosophie, Guzman avait basculé dans la violence totale, et avait été surnommé "Le Pol Pot des Andes", en référence à l’ancien dirigeant khmer rouge du Cambodge.  

La crainte d'un lieu de pèlerinage

Que faire de sa dépouille, c'est le sujet qui est à la Une de tous les médias au Pérou. Pour l’instant, le corps de Guzman est toujours à la morgue et la femme de l’ancien guérillero, elle-même emprisonnée, a demandé à une proche d’aller récupérer la dépouille, pour organiser des funérailles.

Une demande que le bureau du procureur pourrait refuser pour deux raisons. La première c’est que Guzman est peut-être mort de la Covid-19, la pneumonie en est une conséquence courante. Au Pérou, le dispositif sanitaire en vigueur impose une crémation des corps en cas de Covid. De leur côté, les avocats de Guzman répondent que leur client était vacciné.  

La deuxième raison est plus importante : c’est évidemment le symbole politique. De nombreuses voix s’élèvent dans le pays pour demander que le corps soit incinéré et que les cendres soient jetées à la mer pour éviter de créer une tombe pélerinage pour ses partisans, qui restent nombreux. Guzman avait suscité une véritable adoration au sein de la guérilla, où il était surnommé "Punka Inti", Soleil Rouge.  

L'embarras du nouveau président péruvien

Ce dilemme embarrasse le pouvoir politique : le président de gauche Pedro Castillo, élu d’extrême justesse en juin dernier, a certes condamné le terrorisme lors de sa première apparition publique après la mort de Guzman, mais il se revendique du marxisme-léninisme et quelques membres de son gouvernement sont soupçonnés d’avoir appartenu autrefois à la guérilla maoïste. Et puis une partie de son électorat garde en mémoire, plus que les attentats du Sentier Lumineux, la répression violente du pouvoir à l’époque du président Fujimori. Castillo connait un début de mandat difficile. Cette controverse sur la dépouille de Guzman ne va rien arranger.    

Manifestation dans les rues de Lima samedi 11 septembre après la mort de Guzman pour commémorer les victimes du terrorisme. 
Manifestation dans les rues de Lima samedi 11 septembre après la mort de Guzman pour commémorer les victimes du terrorisme.  (ERNESTO BENAVIDES / AFP)