Nouveaux affrontements entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan à la veille de négociations aux États-Unis

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Eclipsé par la guerre en Ukraine, le conflit se poursuit dans cette zone du Caucase, au sud de la Russie.

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Radio France
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La ville de Stepanakert, capitale du Haut-Karabakh, le 11 octobre 2020. Il y a deux ans, les affrontements entre les armées arménienne et azerbaïdjanaise dans cette région avaient fait plus de 6 000 morts. (ADRIEN VAUTIER / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Les deux camps se sont accusés mutuellement d'avoir rouvert les hostilités, lundi 7 novembre, le long de la frontière qui les sépare : d'un côté l'Arménie, 3 millions d'habitants sur 30 000 km², de l'autre l'Azerbaïdjan, trois fois plus vaste et trois fois plus peuplée. Les deux pays s'accusent l'un l'autre d'avoir déclenché une reprise des tirs d'artillerie à l'arme légère alors qu'un cessez le feu est théoriquement en place.

Le contentieux porte toujours sur la délimitation de la frontière et surtout sur le statut de la zone du Haut-Karabakh, région montagneuse située entre les deux pays. En septembre 2022, une première reprise des combats avait déjà fait près de 300 morts après une nouvelle offensive de l'Azerbaïdjan. Et il y a deux ans, en 2020, les affrontements avaient fait plus de 6 000 morts. Le régime autoritaire et surarmé du président Aliev entend reprendre le contrôle total du Haut-Karabakh, une terre pourtant historiquement peuplée en majorité d'Arméniens. Il entend aussi désormais investir une partie du sol de l'Arménie. Il est pour l'instant difficile de savoir si les accrochages de lundi matin sont le prélude à une nouvelle offensive ou uniquement des gesticulations pour faire pression sur le camp adverse à quelques heures de l'ouverture de nouvelles négociations.

Vu de Russie, une chasse gardée

Ces pourparlers vont se dérouler à Washington sous l'égide du chef de la diplomatie des États-Unis, Anthony Blinken. La particularité de ce conflit, c'est que plusieurs puissances cherchent à se poser en médiatrices. Et davantage dans un esprit de concurrence que de collaboration. Côté occidental, il y a donc cette initiative de Washington et aussi la constitution il y a trois semaines d'une mission d'observation sur le terrain, à l'initiative des Européens et en particulier de la France.

En face, la Russie joue aussi sa carte. Moscou considère cette zone du Caucase comme sa chasse gardée et regarde les initiatives occidentales d'un mauvais œil. Toute fin octobre, Vladimir Poutine a réuni à Sotchi, sur les bords de la Mer Noire, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian. Les deux hommes se sont alors engagés "à ne pas recourir à la force". Une promesse contredite par les tirs de lundi 7 novembre.

Il y a un dernier acteur important, c'est la Turquie, soutien traditionnel de l'Azerbaïdjan. Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'imagine lui aussi en position de médiateur.  

La concurrence des médiateurs

Ce conflit entre Arménie et Azerbaïdjan doit donc se regarder comme une pièce sur un échiquier plus large. D'autant qu'on pourrait encore citer d'autres acteurs régionaux : Israël, qui a des liens militaires avec l'Azerbaïdjan, et l'Iran qui  à l'inverse est plutôt un concurrent de Bakou. Pour compliquer un peu plus la donne, il faut aussi prendre en compte l'immensité des ressources du sous-sol de l'Azerbaïdjan : les 20e ressources au monde en pétrole, les 25es en gaz. Cela a conduit l'Union européenne, l'été 2022, à signer un nouveau partenariat commercial avec Bakou, pour doubler ses livraisons de gaz à l'Europe.

Cette réalité sonnante et trébuchante n'est guère à l'avantage de l'Arménie. On sent bien que l'Azerbaïdjan cherche aussi à profiter de la polarisation médiatique sur la guerre en Ukraine, pour avancer ses pions, en espérant le faire à l'abri des regards.    

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