Niger : le président déchu Mohamed Bazoum, disparu depuis deux jours, a-t-il réellement tenté de s'évader ?

Assigné à résidence depuis le 26 juillet dernier, date à laquelle les militaires ont pris le pouvoir à Niamey, le président nigérien, Mohamed Bazoum, refuse toujours de démissionner. Depuis mercredi 18 octobre, il ne donne plus de nouvelles et la junte a annoncé qu'il avait fait une tentative d'évasion.
Article rédigé par Olivier Poujade
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Le président déchu du Niger Mohamed Bazoum, quelques jours après le coup d'État à Niamey, le 30 juillet 2023. (- / FACEBOOK / AFP)

Au Niger, on est sans nouvelles du président élu Mohammed Bazoum depuis près de 48 heures. Depuis le coup d'État du 26 juillet 2023, il était assigné à résidence et refusait de démissionner. De nombreux pays continuent d’appeler à sa libération, mais un évènement vient aujourd’hui assombrir son sort : la junte affirme qu'il aurait tenté de s’évader.

Un plan d'évasion découvert par la junte ?

Une nouvelle aussi surprenante qu’impossible à vérifier, dans la mesure où la pression exercée aujourd’hui sur la ville de Niamey et sur le reste du pays est telle, qu’aucune voix n’oserait contredire la parole de la junte. Les détails de cette tentative d’évasion n’émanent donc que d’un seul récit, celui du porte-parole du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie. Un récit d’une précision presque chirurgicale, où est découpée en phases numérotées un plan d'évasion en voiture puis en hélicoptère vers le Nigéria.

Pourtant la résidence présidentielle se trouve au cœur du camp militaire surprotégé de Niamey. Donc la junte affirme que non seulement elle aurait brillamment déjoué l’évasion audacieuse de tout un groupe de personnes et de Mohamed Bazoum, cet homme de 63 ans dont l’état de santé était déjà jugé préoccupant au milieu du mois d’août, mais les militaires auraient obtenu tous les détails du plan, jusqu’à la destination finale des deux hélicoptères, fournis par une "puissance étrangère".

"Des accusations montées de toutes pièces"

La junte se garde bien de nommer cette puissance étrangère et cela pose question. Les États-Unis, la France, l’Italie et l’Allemagne sont les quatre pays disposant de moyens aériens au Niger. La France est en train de quitter le territoire et la junte ne s’est jamais privée de l'’incriminer à la moindre occasion depuis le début de la crise. Aucune raison donc de ne pas la nommer si elle était en cause. Les États-Unis, eux, ont tout fait diplomatiquement pour conserver une base au Niger, ils n’ont donc aucun intérêt à prendre ce genre de risque. Risque encore plus élevé pour les Italiens et les Allemands qui n’ont que très peu d’hommes sur place.

Si ce n'est aucune de ces quatre "puissances étrangères" qui a fomenté ce plan, c'est peut-être qu’il n’y a jamais eu de tentative d’évasion. C’est la conviction du collectif d’avocats de Mohamed Bazoum. Selon eux, "ces accusations ont été montées de toutes pièces" pour permettre à la junte de "détenir au secret" le président nigérien. Ce matin, l’accès à la résidence présidentielle a été refusé au médecin chargé qui lui apporte médicaments et nourriture.

Mohamed Bazoum a tout simplement disparu depuis mercredi soir. Ses avocats, jusqu’ici concentrés sur des actions en justice, réclament désormais une "preuve de vie".

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