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Moyen-Orient : Washington envoie un signal à Téhéran sur le nucléaire en retirant du Golfe le porte-avions Nimitz

Cette annonce des Etats-Unis ressemble fort à un geste de bonne volonté à destination de l'Iran, en vue d'une reprise des négociations sur le nucléaire.  

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Le porte-avions américain USS Nimitz lors d\'un exercice dans le Pacifique, le 2 juin 2020
Le porte-avions américain USS Nimitz lors d'un exercice dans le Pacifique, le 2 juin 2020 (U.S. NAVY / MAXPPP)

C’est l’un des fleurons et l’un des symboles de l’armée américaine : le porte-avions nucléaire Nimitz va quitter la région du Golfe arabo-persique. Avec ses 330 mètres de long et ses 6 000 hommes, c’est l’un des 11 bâtiments géants de la Marine américaine. Il était en mission depuis près de 9 mois, d’abord au large de la Somalie, puis ensuite au large de l’Iran depuis le mois de septembre. C’est fini. Le Pentagone a annoncé mardi 2 février son retrait de ce que les Etats-Unis appellent "la zone de commandement central", autrement dit le Moyen-Orient.

Lloyd Austin, le nouveau ministre de la Défense nommé par Joe Biden, explique que le navire a besoin d’entretien et de révision. Et surtout, il ajoute que "les Etats-Unis ont une présence suffisamment robuste au Moyen-Orient pour répondre à toute attaque." C’est en fait un signe d’apaisement envoyé à l’Iran, un signal de désescalade après des mois de tension sous l’administration Trump.

Des contacts indirects par plusieurs canaux

C'est un geste de bonne volonté pour pouvoir relancer ensuite les négociations sur le nucléaire parce que là est l’urgence, c’est le grand sujet international sur la table de la nouvelle équipe Biden. Plusieurs indices laissent penser que les contacts ont débuté entre les deux capitales.

Il faut rappeler l’état des lieux : depuis la sortie des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien il y a trois ans, la situation s’est détériorée. Les sanctions économiques américaines se sont multipliées et en face l’Iran a accéléré son programme nucléaire bien au-delà des limites autorisées, et ne semble plus très loin de la capacité à acquérir la bombe atomique. Il y a donc urgence à désamorcer le processus. Des contacts indirects sont engagés entre Washington et Téhéran. Via des intermédiaires, dont plusieurs pays de la région, le Koweït, Oman, le Qatar et l’Irak, dont le ministre des affaires étrangères est en Iran mercredi 3 février.

Les contacts ont lieu sans doute aussi via les Européens et via l’ONU. Le premier obstacle à surmonter, c’est de rétablir un climat de confiance. C’est dans ce contexte qu’il faut regarder l’annonce du retrait du porte-avions Nimitz. C’est aussi ce qui explique le choix des hommes retenus par Biden pour renouer le contact avec les Iraniens : Jake Sullivan, Robert Malley, de bons connaisseurs du dossier, anciens piliers de l’équipe Obama qui avait ratifié l’accord sur le nucléaire.  

Un calendrier de négociations serré sur fond de campagne électorale en Iran

Mais la suite s'annonce compliquée. L’étape suivante la plus probable, c’est une annonce simultanée des deux capitales pour un retour dans l’accord : les Etats-Unis lèvent une partie des sanctions économiques en autorisant l’Iran à exporter à nouveau son pétrole. Et l’Iran en même temps accepte d’arrêter son programme d’enrichissement excessif de l’uranium. Ensuite, il faudra un calendrier de négociations rapides, avec l’écueil des autres sujets qui fâchent, notamment le programme balistique conventionnel de Téhéran.

Sans oublier la question des droits de l’homme en Iran. Là-dessus l’équipe Biden risque fort de devoir avaler son chapeau. Enfin pour compliquer un peu plus le calendrier, l’Iran entre à son tour en campagne électorale : la présidentielle est prévue en juin. Et les candidats vont être tentés de faire monter les enchères sur le dossier du nucléaire.  

Le porte-avions américain USS Nimitz lors d\'un exercice dans le Pacifique, le 2 juin 2020
Le porte-avions américain USS Nimitz lors d'un exercice dans le Pacifique, le 2 juin 2020 (U.S. NAVY / MAXPPP)