Madagascar : Malgré l'appel au boycott de 10 candidats sur 13, une élection présidentielle est en cours

À Madagascar, un boycott du scrutin de l'élection présidentielle a été appelé par près de dix candidats. Repoussé d'une semaine, le vote se tient jeudi 16 novembre, encouragé par le président sortant, Andry Rajoelina.
Article rédigé par Olivier Poujade
Radio France
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Temps de lecture : 4 min
Le président malgache, Andry Rajoelina, déposant son bulletin de vote pour une élection présidentielle, très contestée. (SITRAKA RAJAONARISON / XINHUA)

Lors de son passage au vote, Andry Rajoelina, 49 ans, candidat à sa propre succession, a encore dénoncé l'appel au boycott des dix candidats qui depuis des mois dénonce un processus électoral non conforme. Certains observateurs parlent de bulletins préremplis, d’électeurs achetés. Andry Rajoelina a affronté mille tempêtes pour imposer cette élection et surtout la contrôler d'après ses opposants. "Ils ont peur de la transparence au niveau de leur gestion pendant cinq ans et que leur pratique corrompue et mafieuse éclate au grand jour", dénonce le porte-parole du collectif des dix opposants.

Si l'on s'en tient au texte de la Constitution malgache, c’est le président du Sénat qui doit assurer l’intérim dès lors que le chef de l’État décide de se représenter. Or, Andry Rajoelina a, avec l’aval d’un tribunal de justice, préféré installer l’un de ses proches, le Premier ministre, qui a méthodiquement balayé toutes les tentatives de contestation du processus électoral. Il a notamment limité l’expression de l’opposition en interdisant les réunions politiques en plein air et il a rejeté aussi début octobre, la médiation proposée par le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar pour tenter d’apaiser les tensions. Enfin, les Nations unies lui reprochent un "usage disproportionné de la force", pour disperser les manifestations pacifiques réclamant un report de l’élection.

L'opposition n'est d'ailleurs pas la seule à dénoncer des irrégularités dans le processus électoral. Début novembre, l’ONG Transparency international a affirmé avoir mis au jour un système de corruption électorale. En effet, l’équipe de campagne du président s’est appuyée sur les listes d’inscrits pour cibler une opération de distribution de nourriture, dans l’un des pays les plus pauvres au monde, où 70% des familles sont en situation d’insécurité alimentaire.

Un président malgache mais aussi français

Le plus gros scandale a éclaté en juin dernier lorsque l’opposition a découvert que la nationalité française avait été accordée en 2014 au président Andry Rajoelina. Le problème est que la loi malgache ne permet pas la double nationalité et que la Constitution interdit formellement qu’un candidat étranger se présente à une élection. Ce qui signifie, non seulement que le président sortant ne pouvait pas se présenter, mais que son élection en 2018 n’était pas non plus conforme à la Constitution.

Face à la dérive autocratique d’Andry Rajoelina, le collectif d’opposition, désespéré, a même fini par écrire une lettre aux parlementaires français en lançant un appel au "devoir d’ingérence pour prévenir un conflit." Une situation bien trop toxique pour que la France choisisse de ne pas garder le silence.

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