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Limitation du mandat présidentiel, mariage pour tous et droit à la propriété privée : la métamorphose de Cuba se poursuit

Après trois mois de consultation populaire qui s'achèvent jeudi, Cuba s'apprête à réformer sa Constitution. L'évolution de l'île sur une voie "à la chinoise" se poursuit.

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Une infirmière lit le projet de Constitution à la Havane, le 13 août 2018. 
Une infirmière lit le projet de Constitution à la Havane, le 13 août 2018.  (YAMIL LAGE / AFP)

L’opération s’appelle "Hacemos Cuba", littéralement "Nous faisons Cuba". Et les 11 millions d’habitants du pays ont tous été conviés à participer. Le résultat entérine plusieurs réformes en profondeur de l’un des derniers pays communistes au monde. Et d’ailleurs, commençons par ce mot "communiste" : c’est la première réforme et le symbole est de taille. La référence à la construction d’une société "communiste" disparaît. Il n’est plus question que d’un système politique "socialiste". Deuxième réforme : la limitation du mandat présidentiel. Cinq ans renouvelables une fois et c’est tout. On est loin des 60 ans de règne de Fidel puis de Raul Castro. Le nouveau président, Miguel Diaz Canel, désigné au printemps dernier, ne pourra donc pas rester plus de dix ans au pouvoir.

Droit à la propriété privée et mariage homosexuel

Troisième changement, l’économie. Le projet de Constitution reconnaît l’existence du marché, le droit à la propriété privée et les besoins en investissement étranger. C’est la traduction dans les textes des réformes engagées il y a dix ans par Raul Castro. Aujourd’hui, un peu plus de 10% des Cubains travaillent à leur compte, on les appelle les "cuentapropistas". Enfin quatrième axe : les sujets de société. Avec notamment la reconnaissance du mariage pour tous. Une révolution dans un pays où les homosexuels ont fait l’objet de nombreuses discriminations. Certains étaient même envoyés en "camps de rééducation". On se résume : Cuba poursuit sa métamorphose, et suit un peu le modèle chinois.  

Une consultation contrôlée par le Parti

Sur le papier, c’est impressionnant. Sur les 11 millions de Cubains, plus de sept millions ont participé à cette opération "Hacemos Cuba", le tout lors de 110 000 débats, avec officiellement 600 000 propositions à la clé. En apparence donc, il s'agit d'un grand exercice de démocratie directe. Mais dans les faits, les Cubains savaient que les décisions, pour la plupart, étaient déjà prises. La nouvelle Constitution doit désormais être finalisée par le parti communiste cubain, puis transmise au Parlement, avant un référendum prévu dans trois mois, le 24 février.  

La voie chinoise

La comparaison avec la Chine vaut aussi pour les limites démocratiques. Par exemple, il n’est pas question dans la nouvelle Constitution d’élire le président au suffrage universel direct. Le parti garde la main, comme en Chine.  De la même manière, ouverture économique ne veut pas dire liberté de parole. Les opposants continuent d’être harcelés et régulièrement arrêtés. La liberté de la presse est quasi-inexistante. Reporters sans Frontières classe Cuba à la 172e place au monde sur 180 pays. Enfin, l’ouverture économique ne profite pas à tout le monde. Beaucoup de Cubains ont du mal à joindre les deux bouts et l’économie du pays continue de souffrir du long embargo américain. Certains Cubains trouvent même que la réforme économique favorise trop les investissements étrangers au détriment de la population cubaine.      

Une infirmière lit le projet de Constitution à la Havane, le 13 août 2018. 
Une infirmière lit le projet de Constitution à la Havane, le 13 août 2018.  (YAMIL LAGE / AFP)