Liban : des élections législatives sur fond de désarroi économique

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Les Libanais se rendent aux urnes dimanche pour les élections législatives, alors que le pays est plongé dans une terrible crise économique.  

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Radio France
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Des panneaux de campagne pour les élections législatives sont accrochés à des immeubles de la capitale libanaise, Beyrouth, le 5 mai 2022.  (JOSEPH EID / AFP)

Il est loin le temps où le Liban était surnommé "la Suisse du Proche-Orient". Aujourd'hui, près de 80% des cinq millions de Libanais vivent sous le seuil de pauvreté. En l'espace de deux ans, le nombre de pauvres a doublé, les classes moyennes ont quasiment disparu. Le taux de chômage atteint 30%. Et encore on ne parle là que des statistiques officielles. Au moins 60% des emplois dépendent du secteur informel, ce qui veut notamment dire pas de couverture sociale.

Vivre au quotidien relève de la gageure : les prix ont flambé. 150% d'inflation, 1000% sur certains produits alimentaires. Imaginez que la baguette, chez votre boulanger, passe de 1€ à 11€ ! Les coupures d'électricité sont quotidiennes, l'essence est une denrée rare. Bon nombre de Libanais survivent uniquement grâce aux virements envoyés par la diaspora qui vit à l’étranger : 14 millions de personnes, presque trois fois plus que la population restée au pays ! Les seuls à s'en sortir ce sont les très riches, une oligarchie liée aux partis politiques. Eux continuent de s'enrichir, notamment parce qu'ils ont des devises étrangères.

"Plus grave crise écononomique au monde"

La situation macro-économique est catastrophique selon la Banque Mondiale : elle qualifie la situation du Liban de "plus grave crise économique au monde depuis 1850". Les mots sont forts. Il faut dire que les chiffres sont vertigineux. La dette atteint 200% du produit intérieur brut (PIB), alors que le PIB ne cesse de reculer. Depuis deux ans, le pays est en défaut de paiement. La monnaie, la livre libanaise, a perdu 90% de sa valeur. Les banques tournent au ralenti, les retraits autorisés sont strictement encadrés, il n'y a plus d’argent dans les distributeurs. On pourrait continuer longtemps l’inventaire : tous les indicateurs sont au rouge. L'État est devenu totalement défaillant. Et les partis politiques sont largement responsables de cette situation. Depuis des décennies, ils profitent du système, se répartissent les postes de pouvoir. Et pratiquent le clientélisme, en grande partie sur des bases claniques et religieuses, entre chrétiens, sunnites, et chiites. Rien d'étonnant donc à ce que la désillusion domine dans le pays. Il faut s'attendre à un taux d’abstention élevé.  

Accord de principe avec le FMI

Il y a quand même un petit espoir grâce à un accord de principe passé le 7 avril dernier avec le Fonds monétaire international (FMI). Il prévoit le déblocage d'un prêt du FMI de 3 milliards de dollars sur quatre ans. Mais ce n'est qu'un accord théorique pour l'instant. Les sommes n'ont pas été versées. Le FMI, comme toujours, demande en contrepartie des réformes structurelles : fluctuation de la monnaie, réforme fiscale, restructuration des banques, contrôle des capitaux, des réformes sans doute nécessaires au Liban. Mais encore faut-il que les partis politiques les acceptent. Et encore faut-il qu'elles n'aggravent pas la situation, un reproche souvent fait aux réformes imposées par le FMI dans les pays endettés. Bref, il n'y a pas de quoi être optimiste pour l'avenir proche du Liban.    

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