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Les Irlandais votent pour faire disparaître le délit de blasphème de leur Constitution

Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée "sous les radars" et qui pourrait nous échapper. Aujourd’hui, direction l'Irlande, qui vote vendredi 25 octobre pour ou contre l'abrogation du délit de blasphème.

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Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar veut améliorer l\'image de son pays sur la scène internationale.
Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar veut améliorer l'image de son pays sur la scène internationale. (ARIS OIKONOMOU / AFP)

Les Irlandais votent vendredi 26 octobre pour élire leur président, mais aussi, par référendum, pour faire disparaître le délit de blasphème de leur Constitution. La loi est assez récente, elle a 10 ans à peine et elle concerne toute "insulte faite à Dieu" ou "injure" à l'égard "d'une croyance religieuse". Le délit est punissable de 25 000 euros d'amende.

Cette loi n'a jamais été mise en pratique, mais elle est revenue sur le devant de la scène en 2015 au moment des caricatures de Charlie Hebdo. Des représentants de la communauté musulmane et des associations laïques avaient menacé de poursuivre le journal expliquant que la "Une" de l'hebdomadaire était contraire à la loi.

Améliorer l'image de l'Irlande

L'Irlande a un gouvernement jeune, un Premier ministre de 38 ans, homosexuel et fils d'immigré, lassé de voir son pays montré du doigt pour ce genre d'anachronisme. Il entend à la fois dépoussiérer les textes et améliorer l'image de l'Irlande sur la scène internationale. Son pays a déjà légalisé le mariage homosexuel et voté la libéralisation de l’avortement. Un autre référendum est envisagé pour décider du sort de l’article 41.2.1 de la Constitution, qui dispose que la place de la femme est au foyer, mais aucune date n’a été fixée.

D'autres pays en Europe considèrent l’offense à la religion comme un délit, comme en Suisse ou en Pologne. En Allemagne, le code pénal sanctionne de trois ans de prison "l’insulte aux croyances religieuses". Cet été en Italie, un joueur de l'Udinese, ancien milieu de terrain de la Juve, a d'ailleurs écopé d'un match de suspension pour "propos blasphématoires". L'arbitre n'avait pas entendu... C'est en analysant la vidéo et en lisant sur ses lèvres que la Ligue a prouvé qu'il avait insulté la Vierge. C'est un contre-exemple parce que malgré tout, depuis quelques années, au nom de la liberté d’expression, les États sont de plus en plus nombreux à voter l'abrogation des lois sur le blasphème. En France, elle n'existe plus depuis 1881.

Augmentation des procès dans le monde

Ailleurs dans le monde, on observe au contraire une augmentation des procès et des condamnations notamment là où l'islam est religion d'État, comme en Égypte, au Bangladesh ou en Arabie saoudite. Les lois qui punissent le blasphème sont souvent formulées de manière vague, utilisées pour étouffer la dissidence, ou même régler des conflits personnels. En Indonésie, une bouddhiste qui s'était plainte cet été du bruit de la mosquée de son quartier au moment de l'appel à la prière a été condamnée à 18 mois de prison. Au Pakistan, cela fait huit ans que la chrétienne Asia Bibi est dans le couloir de la mort pour s'être disputée avec une musulmane au sujet d'un verre d'eau. L’Organisation de la coopération islamique, qui regroupe une soixantaine de pays, fait campagne pour l’établissement d’une loi internationale contre le blasphème, au nom de la lutte contre l'"islamophobie".

Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar veut améliorer l\'image de son pays sur la scène internationale.
Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar veut améliorer l'image de son pays sur la scène internationale. (ARIS OIKONOMOU / AFP)