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Les deux Corées font cause commune pour inscrire la lutte au patrimoine de l'Unesco

Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée sous les radars. Aujourd’hui, la candidature commune des deux Corées pour inscrire la lutte au patrimoine de l'Unesco. 

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Des lutteurs à Andong, en Corée du Sud, le 19 novembre 2018.
Des lutteurs à Andong, en Corée du Sud, le 19 novembre 2018. (ED JONES / AFP)

Démarche sans précédent, les deux Corées ont fait cause commune pour obtenir l'inscription de la lutte au patrimoine de l'Unesco. Au début, chacune avait pourtant monté son dossier dans son coin : la lutte a beau être une tradition commune, qui se pratique de la même façon au Nord et au Sud, c'était une question de fierté nationale. Qui s'était d'ailleurs déjà exprimée : en 2012, le Arirang, un chant folklorique extrêmement populaire des deux côtés de la frontière, a été classé au patrimoine immatériel de l'humanité à la demande de Séoul... Deux ans plus tard il l'était pour la Corée du Nord.

Cette fois-ci, les deux frères ennemis ont donc fusionné leur candidature, au dernier moment, sous la pression amicale de l'Unesco. En octobre, sa directrice générale, Audrey Azoulay, a rencontré le président sud-coréen Moon Jae-In en visite à Paris et l'organisation assure que des échanges "de même nature" ont eu lieu avec Pyongyang. 

Pratique culturelle ancienne

Théoriquement, les deux pays sont toujours en guerre depuis 1953... mais ils ont opéré un rapprochement spectaculaire ces derniers mois. Après l'annonce d'une candidature commune aux Jeux olympiques de 2032, voilà donc le patrimoine culturel brandi comme vecteur de paix. La lutte coréenne ressemble vaguement au sumo japonais : dans une grande arène remplie de sable, deux lutteurs au gabarit assez imposant s'affrontent en grosse culotte et ceinture de tissu. Au Nord, le fondateur du régime communiste, Kim Il Sung, avait fait de son développement une priorité nationale. Mais aujourd'hui, de part et d'autre de la frontière, il n'y a plus de grandes équipes professionnelles. Plus qu'un sport d'ailleurs, la lutte coréenne est d'abord une pratique culturelle très ancienne... des compétitions sont toujours organisées à l'occasion des fêtes agricoles.

Grâce à cette inscription au patrimoine immatériel de l'humanité, les partisans du "Ssireum" (son nom sud-coréen) espèrent lui redonner une nouvelle jeunesse.   Dans la foulée, l'Unesco a prévu un autre projet qui pourrait servir de marqueur dans la réconciliation entre les deux Corées : la rédaction d'un dictionnaire unifié du coréen, qui recenserait les pratiques linguistiques du Nord et du Sud qui se sont éloignées avec le temps.

Prudence des États-Unis

Sur le plan environnemental, des experts planchent encore sur une gestion conjointe des eaux transfrontalières ou la création d'une zone de biosphère dans la "DMZ", cette zone démilitarisée qui court tout le long de la frontière où la nature a repris ses droits.  

Si la volonté politique de rapprochement entre Séoul et Pyongyang est manifeste, de lourdes sanctions internationales pèsent toujours sur la Corée du Nord, et les États-Unis jouent la prudence : Washington a officiellement demandé à son allié sud-coréen de ne pas faire trop de concessions à son voisin. L'amélioration des relations intercoréennes va dans les faits un peu trop vite pour Donald Trump qui attend toujours, pour lever ses sanctions, que Kim Jong-un mette fin à ses programmes balistique et nucléaire. Dans cet espace de détente encore réduit, il n'y a guère que sur le terrain culturel, sportif ou environnemental qu'il est possible de faire des progrès rapides.

Des lutteurs à Andong, en Corée du Sud, le 19 novembre 2018.
Des lutteurs à Andong, en Corée du Sud, le 19 novembre 2018. (ED JONES / AFP)