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Les coupures d'internet en Birmanie cachent sans doute une répression des minorités

Dans ce pays d'Asie du Sud-Est déjà marqué par la répression contre les Rohingyas, internet a été coupé dans deux régions et cela pourrait dissimuler une opération militaire de grande ampleur contre des groupes rebelles.  

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Une femme utilise un téléphone portable en attendant les clients dans son magasin de tissus au marché de Rangoun (Birmanie), le 21 février 2019.
Une femme utilise un téléphone portable en attendant les clients dans son magasin de tissus au marché de Rangoun (Birmanie), le 21 février 2019. (JEWEL SAMAD / AFP)

La décision est tombée comme un couperet, sans avertissement préalable. Vendredi 21 juin, les autorités birmanes ont imposé aux quatre opérateurs téléphoniques du pays une interruption immédiate de l’accès à tous les services mobiles. Cette décision concerne les neuf principales zones urbaines des régions de Rakhine et de Chin à l’ouest de la Birmanie. Seule la téléphonie classique, notamment les SMS, fonctionne encore.

Dans ce pays d’Asie un peu plus grand que la France et presque aussi peuplé, cet ordre du pouvoir inquiète toutes les ONG et aussi l’ONU. La rapporteuse spéciale des Nations unies pour la Birmanie, Yanghee Lee, dit carrément : "J’ai peur pour tous les civils. Je crains de graves violations des droits de l’homme." Un million de personnes vivent dans cette zone rebelle au pouvoir central, marquée par les exactions contre la minorité des Rohingya, il y a deux ans. Tout laisse penser qu’il s’agit de couper du monde cette région pour empêcher la diffusion de témoignages sur la répression.

Tortures et crimes de guerre

Il s’agit en l’occurrence d’une rébellion qui n’est pas tout à fait la même que celle des Rohingyas. On parle certes de la même région, située en grande partie dans la jungle, mais cette fois il s’agit du soulèvement d’un autre groupe. L’Armée de l’Arakhan réclame l’autonomie pour la minorité bouddhiste de cette zone. Depuis plusieurs mois, les combats se multiplient entre ce groupe et l’armée régulière birmane, qui a déployé des milliers d’hommes. Elle pourrait avoir, cette fois, déclenchée une opération de grande ampleur.

Les deux parties s’accusent d’exactions mutuelles. Amnesty International, il y a un mois, a rendu un rapport qui parle de "crimes de guerre, de tortures, et d’exécutions sans procès". Les arrestations arbitraires seraient également très nombreuses. Depuis la crise de 2017, la région compte encore 100 000 déplacés qui vivent le plus souvent dans des camps délabrés. En 2017, 750 000 musulmans Rohingyas ont fuie pour se réfugier essentiellement au Bangladesh voisin. A l’automne dernier, l'ONY a prononcé le mot de "génocide" pour qualifier ces événements.

Un enjeu économique avec l'Inde et la Chine

La raison de ces affrontements n’est pas que politique. Bien sûr le pouvoir central birman ne supporte pas les poussées autonomistes de ces minorités. Et la présence de la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi au sein du pouvoir n’a rien changé. Mais c’est aussi économique. Dans cette région située à proximité du Bangladesh et de l’Inde, il y a plusieurs projets. La Chine veut construire un pipeline depuis un port de la côte. L’Inde s’est associée au pouvoir birman pour construire une autoroute de 300 kms au milieu de la jungle, qui permettrait de désenclaver une région indienne.

Du coup, l’armée indienne apporte depuis plusieurs semaines son soutien à l’armée birmane, dans le cadre d’une opération baptisée "Sunrise". Quant au Bangladesh, il a commencé, il y a quelques semaines à expulser et à renvoyer des exilés Rohingyas qui s’étaient réfugiés sur son sol. Ça fait donc beaucoup de puissances associées pour réduire à néant et par la force, ces revendications autonomistes…

Une femme utilise un téléphone portable en attendant les clients dans son magasin de tissus au marché de Rangoun (Birmanie), le 21 février 2019.
Une femme utilise un téléphone portable en attendant les clients dans son magasin de tissus au marché de Rangoun (Birmanie), le 21 février 2019. (JEWEL SAMAD / AFP)