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Les chrétiens orthodoxes au bord du schisme sur le conflit ukrainien

Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée "sous les radars" et qui pourrait nous échapper. Aujourd’hui, la possibilité d'un schisme au sein de l'église orthodoxe.

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Le clergé orthodoxe réuni en septembre 2018 à Istanbul. Au premier rang, au centre, le patriarche Bartholomée.
Le clergé orthodoxe réuni en septembre 2018 à Istanbul. Au premier rang, au centre, le patriarche Bartholomée. (OZAN KOSE / AFP)

Le patriarcat orthodoxe de Constantinople examine depuis aujourd'hui l'hypothèse d'accorder son autonomie à l'Eglise ukrainienne. Cet avatar du conflit en Ukraine pourrait provoquer un schisme avec Moscou au sein de l'Eglise orthodoxe. Un schisme, c'est une scission au sein de l’Eglise.

Le synode de l’Eglise orthodoxe de Constantinople est en effet réuni depuis mardi 9 octobre et pour 48 heures pour décider du sort de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine.Ce qui est en jeu, c’est la plus importante rupture au sein de l’Eglise chrétienne depuis l’an 1054 : la séparation entre les deux Eglises d’Occident et d’Orient. Car le torchon brûle entre le patriarcat de Moscou et celui de Constantinople.

Il y a un mois, Moscou a déjà en partie coupé les ponts, en arrêtant par exemple les célébrations communes. En face, Constantinople s’apprête à répliquer, et c’est le patriarcat le plus respecté chez les orthodoxes.

La controverse porte donc sur le degré d’autonomie de l’Eglise d’Ukraine. Pour comprendre il faut rappeler que la religion orthodoxe (275 millions de fidèles dans le monde) est essentiellement présente dans l’Est de l’Europe. Et ses différentes Eglises disposent d’une grande autonomie au sein de leur "territoire", au sens géographique. En l’occurrence, nous sommes en présence d’un nouvel épisode de la guerre larvée en Ukraine, qui dure depuis maintenant plus de trois ans.  

La forte influence de l'Eglise orthodoxe en Ukraine

L'explication : l’Eglise ukrainienne est rattachée à Moscou. C’est une vieille histoire, ce rattachement remonte au 17e siècle. Mais évidemment, dans le contexte de conflit entre les deux pays, cette situation est très contestée par de nombreux Ukrainiens, d’autant qu’il existe déjà une Eglise ukrainienne qui revendique son autonomie. L’enjeu est de taille, parce que les deux tiers des Ukrainiens sont pratiquants : l’activisme religieux est plus important en Ukraine qu’en Russie.

Le président ukrainien Porochenko, pro-Occidental, cherche donc à obtenir du patriarche de Constantinople qu’il proclame l’indépendance de l’Eglise ukrainienne. On voit bien là que l’affaire est éminemment politique. Et le patriarche Bartholomée semble sensible aux arguments de Porochenko, il l’a longuement rencontré au printemps dernier. Dans le contexte de guerre froide, tout le monde s’en mêle, y compris les Etats-Unis : le vice-président Joe Biden s’est bien sûr prononcé il y a quelques jours pour l’autonomie ukrainienne.  

Le patriarche de Moscou, allié de Poutine

En face, Moscou est évidemment de l’avis contraire. Le patriarcat de Moscou veut conserver la main sur l’Ukraine. En plus, le patriarche moscovite Kyril est un proche de Vladimir Poutine. Il ne déteste pas aller faire du ski avec lui à Sotchi. Et il a soutenu l’annexion de la Crimée. Poutine estime, lui, que toutes les Eglises d’Europe de l’Est devraient être placées sous l’influence de Moscou. Et la Russie accuse l’extrême droite ukrainienne d’envahir des églises contre l’avis des fidèles.

On est en pleine politique. En tous cas, si d’ici la fin du synode, Bartholomée donne raison aux Ukrainiens, Kyril décidera sans doute de rompre les liens. Le monde orthodoxe se retrouverait alors coupé en deux : ça s’appelle bien un schisme.  

Le clergé orthodoxe réuni en septembre 2018 à Istanbul. Au premier rang, au centre, le patriarche Bartholomée.
Le clergé orthodoxe réuni en septembre 2018 à Istanbul. Au premier rang, au centre, le patriarche Bartholomée. (OZAN KOSE / AFP)